Steve Prefontaine, Portrait. Zatopek #29

Pour ce numéro, je signe le portrait d’un personnage de légende, très attachant, Steve Prefontaine, raconté par son ami Kenny Moore. (Texte brut d’origine à la suite, version très légèrement retouchée avant édition)

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Titre: Quand la complainte est bonne

L’Américain Steve Prefontaine occupe une place à part dans la galerie des grands coureurs à pied. Celle d’un homme qui semble avoir défié et vaincu l’éternité. Tout simplement! Mais que les scientifiques ne s’émeuvent pas ou ne se mettent à chercher frénétiquement d’accents mystiques dans cette interview. Kenny Moore parle de son ami et frère de coeur, avec bonhommie et lucidité, sans jamais se départir de cette familiarité que n’ont pas effacées 40 années d’absence.

Légende

Kenny Moore (69 ans) a fini quatrième au marathon des Jeux olympiques de Munich en 1972, la même place que Prefontaine sur 5000 mètres. Assurément la pire. A l’époque, ces deux champions se voyaient entraînés par Bill Bowerman, co-fondateur de Nike, également célèbre pour avoir introduit le jogging aux Etats-Unis. Reconverti dans le journalisme sportif, Kenny Moore raconte tout  cela et un peu plus encore dans son livre Men of Oregon (Les hommes de l’Oregon, Ed. Rodale, 1996). Moore sera en outre prochainement à l’affiche du film de Pierre Morath, Free to Run, une coproduction Point Prod (Suisse), Yuzu Productions (France) et Eklektic Films (Belgique).

Monsieur Moore, vous rencontrez Steve Prefontaine en 1969. Quelle est immédiatement votre première impression? 

Je connaissais précisément la ville d’où Steve était originaire parce que lorsque j’étais enfant, ma famille et moi, allions souvent pêcher le crabe à Coos Bay. Mes plus anciens souvenirs remontent d’ailleurs singulièrement à cette période d’après-guerre. La côte était alors en pleine mutation. Partout, de nouvelles constructions jaillissaient de terre et les forêts tombaient, massivement détruites. J’ai suivi tout cela au plus près comme mon père travaillait dans le secteur de… l’acier! Mais devant l’essor dont je vous parle, celui-ci a fait le choix de vendre une partie de son patrimoine pour construire des scieries à bois. Nous vivions en permanence dans un vacarme terrible, à un point tel que j’en ressens encore de l’effroi aujourd’hui, c’est vous dire! Rétrospectivement, en analysant les choses, je dirais que toute cette époque semblait marquée du même sceau: celui de l’explosion et de la démesure. Même les bateaux à quai semblaient monstrueux. Et je ne vous parlerai même pas des grues de levage…Dans l’imaginaire collectif, que je partageais, quiconque venait de Coos Bay se voyait assurément doté d’une force exceptionnelle, en adéquation avec la ville. Et en cela, Steve s’avérait un sérieux représentant…

Vous rappelez-vous des circonstances précises de la rencontre? 

Bien sûr, je m’en souviens même très clairement. C’était à la cantine du camp d’entrainement de l’Université de Miami, la veille de notre championnat national (*). Je connaissais son entraineur, monsieur Walt McClure. C’est lui qui nous a présenté l’un à l’autre. Sur le coup, Steve m’a paru tellement jeune. On aurait presque dit un enfant. Sa candeur semblait intacte.

Vous le connaissiez déjà de réputation.

Oui. Je savais qu’il avait fait tomber le record national du « 2 miles » cet été là. Moi-même, je n’étais pas en Oregon lorsque cela est arrivé. J’étais avec l’armée dans un camp d’entrainement à San Pedro, en Californie. Mais vous savez sans doute comment cela fonctionne ; les nouvelles se propagent vite parmi les coureurs. J’ai rapidement su qu’il avait fait l’incroyable. Aussi l’ai-je tout naturellement félicité pour cette performance, le jour où nous nous sommes rencontrés. Il m’a répondu très calmement que les conditions avaient été idéales et que cela ne se représenterait assurément pas le lendemain. En Floride, il faut en effet s’attendre à de la chaleur et surtout une humidité relative qui dépasse bien souvent les 80%. Je me rappelle qu’il avait ajouté plus doucement n’avoir encore jamais été confronté à de telles conditions. J’ai bien sûr repensé, non sans sourire, à cette discussion pendant la course, lorsque je l’ai vu dépasser sans la moindre peine, un à un, tous ses concurrents. Ce jour-là, j’ai compris en le voyant de mes propres yeux que ce garçon était réellement, si j’ose vous le dire ainsi, un sacré coriace.

Steve est souvent présenté comme un rebelle, le James Dean de la course à pied. La presse s’en repaissait à son sujet. Est-ce que cela n’agaçait pas les autres coureurs? 

Très sincèrement, si tel fut le cas, je ne lui ai connu aucun ennemi. Ni dans l’équipe, ni au dehors. Et à considérer objectivement les choses, c’est normal: nous ne pouvions pas véritablement lui en vouloir. Steve était un jeune homme impétueux, entier et terriblement attachant. Dans une discipline massivement dominée par l’introversion, il était joyeux, exubérant, bateleur. D’ordinaire, notre sport invite à économiser notre énergie, à calculer avec parcimonie, à essayer de rentabiliser au plus près chaque effort. Mais lui ne correspondait pas du tout à ce profil. Il semblait déborder d’une intarissable vitalité. Il faisait toujours dix choses en même temps sans se soucier de dispersion. Si par exemple vous l’invitiez à diner, il se pouvait tout à fait qu’en l’espace de trois quart d’heure, vous soyez toujours à table alors que lui, dans le même temps, aurait eu le temps de manger, de débarrasser, de faire la vaisselle, vous ranger deux ou trois affaires, et de passer quelques coups de fil importants. Inutile donc de préciser que c’est de cette époque que me vient l’habitude de consommer mon dessert tout seul !

Correspondait-il à l’image du résistant, suggérée dans ma question précédente, autrement dit ce caractère de rebelle qu’on lui prête communément?

Oui. C’est indéniable. Franck Shorter (**) le surnommait « our great complainer – the one who turns bad to good » (NB: Notre héros de la complainte, celui qui change le mauvais en bon). Il râlait beaucoup, c’est un fait avéré. Parallèlement, il foisonnait d’idées et de solutions nouvelles pour résoudre les problèmes qui se posaient à nous, tel un émissaire infatigable, un champion des temps anciens, il semblait comme habité d’une mission ! Et ce, sur n’importe quel problème. Il pouvait s’agir d’incohérences dans le programme d’entrainements conçu par Bill, d’une mésentente au sein l’équipe, d’un problème de gestion financière ou de stocks du matériel… Il fallait qu’il monte au créneau pour rétablir l’idée qu’il se faisait de la justice. Sa propre mère s’en plaignait régulièrement bien qu’elle y fut habituée: « pourquoi diable faut-il que cela tombe toujours sur toi? » 

Elle avait raison de s’en inquiéter car Steve prenait des risques. Il défendait notamment la position des athlètes au sein de l’AAU, ce qui nous valait de flirter régulièrement avec des sanctions diverses. Sans exagérer, et au risque de me répéter: Steve était de tous les combats et sur tous les fronts. Au surplus, comme il était doté d’une belle imagination, d’une audace insolente et d’une étonnante force de persuasion, son activisme permettait souvent d’élégantes sorties de crise.

Alors en effet, pour reprendre la question, il se plaignait: c’était en cela «un résistant». Mais de ces plaintes sont nées de meilleures chaussures pour courir. De ces plaintes sont issues quantités de soins spécifiques dont purent bénéficier les athlètes après lui. De ces plaintes sont venus des statuts, de la reconnaissance, des améliorations, une réelle avancée pour la course à pied. C’était une plainte altruiste, qui ne trichait pas. Et de tous les progrès que nous avons obtenus, aucun n’auraient eu lieu sans l’action de Steve.

A l’époque, votre entraîneur Bill Bowerman concevait des chaussures sous la marque Blue Ribbon Sports qui deviendra Nike, plus tard. Etiez-vous obligés de les porter? 

Pas du tout. Nous portions les chaussures qui nous convenaient le mieux. C’était l’unique règle absolue. Certains athlètes au sein de l’équipe couraient d’ailleurs en Adidas. Bowerman nous enjoignait seulement à « respecter nos pieds ». C’était son exacte expression. Son obsession même, si je puis dire! Nous discutions beaucoup avec lui de ce que nous voulions en tant que coureurs. Cela recouvrait même un caractère amusant. Steve et moi faisions part de nos doléances après chaque course et durant le processus de création. A charge pour Bill de bricoler ses nouveaux modèles. C’est ainsi qu’est née la fameuse chaussure « Cortez ». Encore d’une complainte, en vérité !

Dans votre livre, vous écrivez qu’un athlète se trouve poussé vers l’excellence par une motivation profonde et parfois cachée des autres. Savez-vous qu’elle était la sienne? 

Steve Prefontaine portait une énergie particulière. Une sorte de feu sacré. Cela remontait à l’enfance, je pense. En grandissant, il avait pris conscience de ce talent et entreprit d’en faire quelque chose. Notre entraineur, Bill Bowerman avait une formule subtile pour cela. Il disait: « Le talent est père de tempérament ».

Cela signifie à la fois que le talent est souvent sous-tendu par une bonne dose de tempérament, un moteur qu’il faut apprendre à canaliser et maitriser pour l’exploiter au mieux. Mais cela explique aussi que si le talent est à l’origine de toutes choses, il ne saurait pourtant suffire. Après le talent, il faut un tempérament, une volonté, l’envie.

Certaines personnes naissent douées: mais ce n’est pas assez. Il faut qu’elles sachent qu’elles ont été touchées par la grâce, qu’elles en prennent conscience et qu’elles agissent sur ce don. Faute de quoi, rien ne peut durablement advenir. Prefontaine réunissait toutes ces qualités. Très jeune, il s’est consacré corps et âme à l’athlétisme. Il voulait devenir meilleur, toujours meilleur. « what I want is to be number one » ( « ce que je veux c’est être le premier ») est une de ses plus célèbres citations. C’était quasiment de l’ordre du compulsif chez lui.

N’est-ce pas un peu le lot de tous les champions, à votre avis?

Sans doute avez-vous raison. Mais disons alors qu’il poussait plus loin que les autres ses aspirations d’excellence. Il ne lui suffisait pas de courir. Il ne lui suffisait pas de gagner. Il recherchait autre chose. Aux derniers temps de sa vie, il en était venu à se considérer comme une sorte d’artiste. Chaque course se devait d’être une oeuvre. Et dans son esprit, le fait qu’elle soit ratée ou réussie ne dépendait pas forcément du chronomètre ou de la place à l’arrivée, mais plus subjectivement de sa capacité à produire des sentiments forts. Comment dirais-je ceci en peu de mots? Il recherchait cet instant de fusion délicat qui se produit parfois, lorsque tout semble venir s’agencer parfaitement à sa place dans un temps et un lieu précis. Quand le réel semble céder la place à l’onirique absolu. Il y avait cette magie sous les semelles de Steve Prefontaine. Mais comment vous raconter avec des mots la vision de cet indicible? Je ne peux partager avec vous ce mystère.

Pensez-vous qu’il aurait pu aller encore plus loin? 

J’en suis certain. Steve était une personne à maturation lente. C’est pour cela qu’en plus d’une insoutenable tristesse, sa mort fut porteuse de frustration (***). A 24 ans, il n’avait pas fini de grandir et sa conception totalement originale de la course n’était pas aboutie.

Comment supportait-il la médiatisation dont il faisait l’objet? 

Vous faites bien de poser la question car, effectivement, ce n’est pas aisé à vivre. Les gens se font le plus souvent une image tronquée de la notoriété. Certains jours, vous avez envie de tout, sauf que l’on vous photographie dans la rue et que l’on étale votre intimité dans les journaux. C’est d’autant plus difficile à gérer qu’on est jeune et donc mal armé pour prendre de la distance. Dans l’ensemble cependant, je considère que Prefontaine savait faire face. Il prenait tout cela avec un détachement certain. En fait, on pourrait presque dire que les exigences des médias pesaient peu par rapport à celles qu’il se fixait lui-même. Peut-être car à la différence de beaucoup d’athlètes que j’ai connu, Steve ne courait pas pour échapper à quelque chose (la misère, la solitude, l’anonymat ou que sais-je encore?) mais qu’il courait « pour » quelque chose. Marquer les consciences et les gens. Etre tout en haut. Une certaine idée de transcendance encore…C’est dans cet esprit «inspiré» au sens sémantique du terme de l’inspiration, qu’il est parti pour les Jeux de Munich, avec en objectif tangible de gagner la médaille d’or. Il le disait haut et fort. Il ne cachait pas ses batailles, il se sentait tenu à l’impossible.

N’était-ce pas un manque de respect par rapport aux autres membres de l’équipe américaine, notamment dans la mesure où il y avait deux autres coureurs américains sur la distance: Leonard Hilton et George Young ?

Gageons que Prefontaine leur était tout de même assez nettement supérieur. D’ailleurs il s’est qualifié avec le deuxième temps des séries (NB: dans la foulée du Belge Emiel Puttemans). Mais, c’est vrai, il pouvait être hautain sans pour autant souhaiter blesser quiconque. A vrai dire, ses pas comme ses pensées filaient très vite à ce moment de sa vie. Il parlait de son envie à lui, avec encore cette candeur et une spontanéité totalement atypique, mais sans penser aux conséquences sur le ressenti des autres coureurs. Bowerman disait de lui à ce sujet: « c’est le genre de gars à filer avec la baraque en ayant retourné le jardin ».

Qui était le patron dans cette relation, entre Prefontaine et Bowerman? 

Cela ne s’est jamais posé en ces termes de hiérarchie. Au commencement, Bowerman nous traitait pour ce que nous étions, c’est-à-dire de jeunes coureurs qu’il avait choisi pour leur talent, mais qui devaient tout apprendre de leur sport. Nous avions un programme à respecter. Par exemple, Steve commençait sa journée avec une sortie de 10 miles, soit une heure d’effort calée sur une allure de 6 minutes au mile (NB: soit 3 minutes 45 au kilomètre). Pour un métabolisme comme le sien, ce genre de footing ne représentait pas une forte charge et il s’acquittait consciencieusement de sa tâche quelque soit le temps ou le programme de la veille. Ensuite, la relation entre eux a évolué au fil des saisons à mesure que Steve a vieilli. Bowerman a entendu les aspirations de Steve, auxquelles vraisemblablement il adhérait. Quoi qu’il en soit, il entendait gérer la carrière de Steve, ainsi que celles de tous ses athlètes, comme des oeuvres en devenir. C’est ainsi que progressivement, Steve, lui, nous tous, avons fait évoluer le rapport élèves/professeur en une relation de collègues de travail.

Bowerman était en effet aussi votre entraîneur. A un moment de votre carrière, il trouvait d’ailleurs que vous en faisiez trop et vous l’a clairement fait savoir en vous intimant l’ordre de réduire votre charge de travail de façon « musclée ». Vous racontez cela avec beaucoup d’humour dans votre ouvrage. Cependant, je m’interroge. Pour une personnalité comme Steve, qui considérait que ralentir en course était « immoral », comment pouvait-on faire? 

(Il rit). Le freiner? C’était en effet une entreprise vouée à l’échec! En conséquences, Bowerman essayait de lui faire miroiter, non sans véracité, que pour aller plus loin encore, il fallait « leurrer » le quotidien en acceptant des jours « fourbes » où il faudrait ralentir. Tout cela s’inscrivait dans une appréhension globale de la stratégie de course, sinon Steve n’aurait jamais accepté de ralentir, pas même un jour, pas même une seconde. Il fut aussi question très souvent de la place du lièvre en course. Bowerman nous conseillait de rester dans le groupe dans une course où tous les participants sont d’un niveau équivalent: pour lui, la place de lièvre dans cette configuration n’avait de sens que si l’on espérait réalistement, au final, prendre le large. Faute de quoi, cela consistait à endosser le rôle de martyr qui fait la course pour les autres et se retrouve terrassé dans les 200 derniers mètres.

C’est exactement ce qu’a fait Prefontaine à Munich, pourtant?

Je ne le crois personnellement pas. On a tellement parlé d’erreurs tactiques à propos de cette course. Pour connaitre intimement Steve, je demeure persuadé qu’il ne s’agit pas de cela. En finale de ces Jeux, il a tenté un coup, certes audacieux mais réaliste: parmi tous les meilleurs athlètes du monde, il avait sa place, malgré son âge et il s’en est fallu de peu pour qu’il réussisse. Il visait l’or et la manière comme toujours. Mais était-il si loin d’y parvenir? Je ne le crois pas. Ce fut un échec, il faut le reconnaître. Mais cela ne signifie pas qu’il n’avait aucune chance, ni que son choix n’ait pas été réaliste. Si j’avais été à sa place, j’aurais aimé avoir le courage et la lucidité d’essayer de faire comme lui.

Comment a-t-il vécu cette défaite, la première de sa carrière? 

Difficilement, surtout après toutes ses bravades dont il pu prendre subitement conscience. D’une certaine manière, je pense paradoxalement que cela lui a fait du bien, dans le sens où cela l’a changé. Après les Jeux, il ne fut plus jamais tout à fait le même. La défaite dans le 5000 mètres, en plus des événements vécus en direct (NB: la prise d’otages des athlètes israéliens par un commando palestinien) l’ont marqué. Profondément et longtemps après. Pour vous donner un exemple tangible, je le trouvais beaucoup plus à l’écoute. Vis à vis de moi, son ami, mais aussi vis à vis des autres membres de l’équipe. On eut dit qu’il avait compris que l’audace et la confiance en soi ne suffisaient pas et qu’au lieu de tout renverser sur son passage, il était parfois avisé de savoir contourner les obstacles et prendre son temps. Il était devenu, relativement, plus sage: ce qui faisait de lui un concurrent encore plus redoutable. On a dit que Steve aurait fait un formidable homme politique s’il avait vécu. Moi je crois qu’il aurait surtout été un homme formidable et un ami plus exceptionnel encore. Et puis que, accessoirement, il aurait été très difficile à battre aux Jeux de Montréal. Personne ne le saura jamais. La vie lui a réservé un autre destin. Et aujourd’hui, des années plus tard, c’est une complainte quotidienne qu’à mon tour j’adresse au destin.

Propos recueillis par Anne-Sophie Girault

(*) L’athlétisme est régi par l’Amateur Athletic Union (AAU) qui s’avère être la plus grosse organisation sportive à but non lucratif aux Etats-Unis. (**) Franck Shorter est double médaille olympique sur marathon: l’or aux Jeux de Munich en 1972 à Munich et l’argent quatre ans plus tard à Montréal. (***) Steve Prefontaine est mort sur la route le 30 mai 1975. Il avait seulement 24 ans. Lire à ce propos le récit tragique de son accident dans Zatopek n°27, page 26

Le mouvement de libération des marathoniennes, et de la lecture sous la couette, Zatopek #28

Alors que dans le précédent numéro je me contente de ma seule rubrique culture, dans ce numéro, je signe un nouveau portrait en plus de celle-ci: Kathrine Switzer, la première femme ayant officiellement participé à un marathon en 1967…

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Et toujours, pour le froid qui revient, deux bouquins pour sous la couette !

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Néon, première collaboration sur le numéro#8, Mai 2013

Cette fois, c’est le journal Néon qui me fait confiance ce mois-ci en me faisant collaborer à l’article intitulé « 44 trucs pour une vie saine« . Je me suis donc collée à la partie relative au sport, bien évidemment, avec le titre évocateur de « bouge tes fesses, gros !« . Là, j’ai pu répondre à la question insoluble de savoir si l’on pouvait courir en converse, en arrière, ou encore proposer des titres de musique, et réaliser une interview de Kim Clijsters, ex numéro 1 mondiale du tennis Féminin, et ce, dans le très beau W Hotel, accompagnée de mon acolyte Christophe Jullien, photographe professionnel avec qui je travaille de plus en plus.

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Oxygéner la planète, Un voyage au coeur du Kilimandjaro. Runner’s World France, 6 Pages#Mai 2013

RW_Mai2013_CouvRW_Mai2013_SommaireRW_Mai2013_Page1&2RW_Mai2013_Page5&6RW_Mai2013_Page3&4Texte brut sans encarts « pratique » avant impression. ( Pour une lecture rapide et facilitée sur certaines machines).

Courir pour oxygéner la planète

(Encart introduction)

C’est l’histoire d’un homme qui vient d’une tribu pauvre en Tanzanie où l’on ne court pas. C’est l’histoire d’un homme issu d’une famille de dix enfants et qui aurait du devenir policier pour espérer une belle ascension sociale et satisfaire les siens.
C’est pourtant l’histoire d’un homme qui ne l’est jamais devenu et est aujourd’hui l’un des coureurs d’ultra fond les plus connus au monde. C’est l’histoire de celui qui a vu, par delà la fumée des arbres qu’on brûle, l’avenir de son peuple et par delà de toute l’humanité qui s’éteint, et qui a décidé, avec son coeur, avec ses jambes, mais surtout avec sa tête de sauver l’un des poumons de notre planète.

(Introduction)

Au pays des merveilles

Les brochures touristiques regorgent de photos toutes plus extraordinaires les unes que les autres de la Tanzanie, mettant en avant la splendeur visiblement intacte du Kilimandjaro. Elles proposent au touriste déjà séduit derrière son écran d’ordinateur, un tour en jeep pour un safari bien ficelé qui l’emmènera sans qu’il en ait conscience sur les mêmes circuits usités sempiternellement tous les ans. Les plus sportifs iront faire un trek sur le kilimandjaro, sur des chemins foulés des milliers de fois avant eux.

L’occidental repartira alors pour Zanzibar, ou le Kenya continuant son voyage irréel, ou rentrera tout aussi facilement chez lui, heureux et le teint moins blafard, ayant même eu le sentiment de rencontrer des Chagga, l’ethnie dominante vivant sur les flancs de la montagne, pour avoir acheté quelques breloques, batik, ou tissus à des femmes sur les marchés.

Ce touriste comme tant d’autres ne connaitra jamais la vie de ces enfants qui gèrent l’intendance pendant son treck qu’il considère pour sa part comme épuisant. Peut-être s’étonnera-t-il d’entendre au loin des coups de haches, ou de voir d’épaisses fumées noires monter dans le ciel immaculé. Ou peut-être pas.

A la fin de son périple émerveillé,il retiendra fièrement un mot ou deux en kischagga, les seuls mêmes que les wazungu ( les blancs) retiennent généralement, mais il ne saura sans doute jamais rien de plus et pas davantage des petits villages et de ces gens qui y vivent, avoisinants pourtant les grosses zones touristiques où il réside. Comme Mbahe par exemple, situé tout près pourtant de Marangu, sur le versant est de la montagne. Mais Marangu étant le centre historique du trecking, idéalement situé tout à côté de l’entrée principale du parc national, doté de toutes les infrastructures hôtelières, pour beaucoup, le voyage s’arrêtera là.

Derrière les descriptifs des brochures

Pourtant, pour quelques pas de plus, on trouve Mbahe. C’est précisément de ce village, que vient Simon Mtuy. Comme tous ses copains, Simon vient d’une famille très pauvre et comme eux, c’est à l’âge de 14 ans qu’il quitte l’école qu’il avait débuté à l’âge de 7, pour commencer à travailler. Depuis les années 1990, le tourisme vient grassement compléter le panel de ressources pour la société du Kilimandjaro. Pour s’adapter à ces évolutions, les hommes et les femmes tâchent de conserver les cultures traditionnelles, quant aux nouvelles générations, elles émigrent massivement vers les plus grosses villes et contribuent ainsi, par des métiers urbains, à assurer le «kihamba», le petit business divers, allant de la vente des produits de la ferme ou de la bière locale sur les marchés, ou plus pragmatiquement,les investissements dans les terres ou l’immobilier.

Mais pour débuter sa carrière, Simon Mtuy qui quitte à contre-coeur les bancs de l’école pour avoir déjà conscience de la nécessité d’acquérir une éducation, se retrouve tout en bas de l’échelle du business du treck, en tant que porteur de sacs, équipements et autres futilités pourtant nécessaires aux fragiles touristes venus faire l’ascension du Kilimandjaro. Simon aurait tout aussi bien pu se satisfaire de cela et enchainer ce quotidien sans autre perspectives, à l’image de nombre de ses anciens camarades d’école. Mais dés son plus jeune âge, celui-ci a une vision: il sent qu’une mission au moins aussi haute que la montagne l’attend. Alors, Simon prête attention à chaque détail de la végétation, il repère les chemins que les touristes ne prendront pas, et à leur contact, il s’évertue à apprendre l’anglais. Malheureusement, ses plans ébauchés vont être à nouveau contre-carrés par les demandes familiales. Son père, lui souhaitant un avenir meilleur que malheureux porteur, a réussi à négocier pour lui une place à l’académie de police, pour étudier et devenir policier. Pour ce faire, Simon va devoir quitter son village et rejoindre la grande ville, Moshi. Face à l’autorité paternelle, Simon doit obéir et quitte les siens.

Alors que le tout jeune homme commence à sérieusement douter de son avenir, n’aspirant absolument pas à devenir policier, le souffle du destin va une nouvelle fois le porter vers une étrange voie. Au village, tout le monde travaille dur, les femmes continuent à porter des fardeaux de bois jusqu’à un âge avancé, les enfants nourrissent les animaux et aident à cultiver les terres avec leur pères après l’école, tout le monde porte toujours quelque chose, généralement lourd: un sac à moitié troué, un animal agité et beuglant ou pousse une motocyclette en rade, et à près de 2000 mètres d’altitude, la condition physique des moins actifs mettrait sans doute à l’amende la plupart de nous autres, occidentaux sédentaires. Mais pour autant, à la différence d’autres régions d’Afrique et chez les Chagga plus précisément, la pratique de la course à pied en tant que telle n’est pas une activité majeure coutumière, sauf à courir après les enfants qui s’échappent des maisons en riant ou derrière des vaches récalcitrantes, ou encore pour tenter de rattraper l’unique jeep qui emmène ce jour là à «la ville», et dont le coffre semble déjà tout près d’exploser tant les hommes s’y sont entassés de manière quasiment surréaliste- qu’importe, il reste toujours une petite place sur le toit.

Durant son séjour à l’école, Simon va donc devoir courir, dans le cadre de ses études. Le jeune homme, réfléchissant déjà à comment se tirer de cette ornière dans laquelle il se trouve, fait néanmoins ce qu’on lui demande, docilement et alors qu’il échafaude des plans, il court inlassablement. C’est son coach qui va repérer la perle qui s’ignore. Lui- même est interloqué en voyant l’aisance totalement naturelle avec laquelle ce jeune homme grand et longiligne, toujours ailleurs dans ses pensées, mais à la foulée puissante, semble littéralement voler en courant. Il lui demande de lui confirmer d’où il vient et Simon lui confirme être bien un Chagga. Pas de doute possible, Simon n’a jamais rien appris, mais il sait déjà courir presque comme un professionnel. Durant des mois, le coach va apprendre à Simon les rudiments de la course à pied et l’aider à perfectionner considérablement sa technique. Et alors qu’il n’a plus rien à savoir de plus sur comment améliorer sa foulée mais encore quelques années avant de devenir policier, Simon part en courant de l’académie de police, désobéissant ainsi à son père.

De retour au village, âgé de 18 ans, il sait à présent que son rêve flou de gosse lui colle aux baskets qu’il n’a pas encore. Digne et courageux, il se construit sa propre hutte, sur le terrain familial et retourne faire le porteur pour les touristes. Audacieux, à l’écoute des étrangers, toujours positif et doté d’un mental invincible, Simon finit par séduire ses employeurs et parvient à devenir cuisinier, ce qui lui permet ainsi de monter avec les touristes tout en haut de la montagne. Là-haut,face à l’immensité, Simon sait désormais que le ciel sera sa seule limite, il doit à tout prix devenir guide sur cette montagne car il se sent cette fois convaincu d’avoir un rôle à jouer, sans précisément pouvoir encore le décrire.

Le ciel pour limites

Dès lors,sur ses maigres revenus, il fait des économies pour pouvoir s’inscrire au programme permettant d’obtenir la licence de guide officiel du Kilimandjaro. Le matin, alors que le soleil est encore bas, Simon parcourt la montagne de fond en comble et grâce à son entrainement à l’académie et ayant dégoté des baskets de fortune, il court dans la montagne, en quête des plus beaux points de vue, traquant les chemins oubliés, tachant de repérer où vivent les singes, apprenant à reconnaitre la végétation, les arbres dont les femmes utilisent les feuilles pour concocter des médicaments.

Et c’est ainsi qu’il découvre une réalité incomprise jusqu’à lors lorsqu’il contemple, interdit, des arbres brûlés, ou abattus sur des hectares. Simon n’a que 21 ans, mais déjà il questionne les hommes sur place sur les raisons de leur pratique. Ceux-ci lui expliquent alors brièvement que le charbon chauffe les habitations, que le bois se vend bien et que les abeilles qui produisent le miel délicieux que Simon lui-même affectionne, se cachent dans les arbres, alors que pour les débusquer il faut brûler les arbres, et parfois l’incendie s’étend.

Mais les hommes doivent travailler, ils n’ont plus de temps à consacrer au gamin, et Simon doit les laisser à présent.

Il passe l’examen pour devenir guide et l’obtient haut la main, devenant ainsi le plus jeune guide du Kilimandjaro homologué.
Simon travaille alors pour plusieurs entreprises spécialisées dans le treck, mais encore ses jambes et son cerveau continuent à courir. Alors que ses amis passent la saison boudée par les touristes à se reposer et refaire le monde qu’ils ne verront sans doute jamais, Simon quant à lui part au Kenya pour prendre des cours d’anglais à l’ambassade d’Angleterre et acquérir ainsi assez d’expérience pour vivre à l’étranger.

Car Simon a désormais un plan. Il veut monter sa propre entreprise de treck. Seulement voila, il n’a pas un traitre sous en poche. Pas un sous certes, mais riche d’idée, il sent un marché potentiel sur la tanzanite, une pierre précieuse bleue qu’on trouve seulement dans le nord de la Tanzanie, en creusant dans des vallées poussiéreuses. Et immédiatement, Simon veut adresser le pays qui lui semble le plus susceptible d’y trouver un intérêt: les Etats-Unis. Candide, il achète des pierres et en envoie enroulés dans des bouts de t-shirts sous plis postaux à des amis américains qu’il s’est fait durant les ascensions. Evidemment, il n’a pas l’argent pour sécuriser ses envois. Pourtant, toutes les pierres arriveront à destination et en échange, au lieu de demander de l’argent, Simon demande à ses amis de lui envoyer des tentes de qualités pour pouvoir les utiliser dans le cadre de ses ascensions. Il les obtiendra. L’histoire continue à s’écrire.

Une entreprise avec pour lièvre une vision

L’année suivante, en 1998, Simon crée sa propre société du nom de SENE, en anglais Summit Expeditions and Nomadic Experience.
Le parti pris de Simon est clair: il veut proposer un service de qualité, certes plus coûteux pour le touriste, mais qui lui permettra quant à lui d’employer plus de gens de la région et ainsi faire baisser le taux de chômage. Même s’il se heurte de prime abord à la difficulté de faire comprendre ses raisons éthiques aux visiteurs, toujours soucieux d’économiser quelques pièces au détriment des habitants, eux-mêmes près à tout pour toucher cette maigre récompense à courte visée. Dans toute la région, il est désormais connu comme le loup- certes toujours noir- mais blanc : Le Chagga qui court pour le plaisir de courir dans la montagne, car il s’y sent libre et vivant, car il pense faire corps avec la montagne, alors que le sport dominant chez les jeunes,c’est le football. Mais Simon sourit, qu’importe les regards, il est inspiré, la montagne lui insuffle son énergie et semble bel et bien lui avoir confiée une mission, alors il court tous les jours, et continue à mettre en place les pièces du puzzle qu’il voit se dessiner peu à peu.

Dans les villages qu’il traverse, il fait parler les gens, il recueille leur point de vue sur les touristes- des intouchables souvent reclus dans des mini van climatisés- et écoute les points de vue sur les arbres qu’on abat. Simon engrange de l’information sans mot dire, sans tenter de convaincre, il absorbe les mots, les ressentis, autant que les kilomètres. Pourtant, une année après sa création, son entreprise SENE peut déjà offrir de petits cottages aux touristes sur un parcelle de terre familiale. En 2010, il peut accueillir ses invités dans des conditions de grande qualité, mais sans verser dans la superficialité des autres entreprises concurrentes qui parquent les touristes dans des hôtels.

Entre temps, Simon a pu entreprendre un voyage à Washington pour y parfaire sa formation de guide et obtenir un nouveau diplôme, reconnus par les touristes. Mais pour devenir l’acteur le plus crédible sur son marché et espérer être le meilleur guide de toute la région, Simon sait qu’il doit encore compléter son éducation en validant une formation en premiers secours en milieu sauvage. Il sait qu’une telle formation existe, mais toujours aux Etats-Unis, dans le Colorado. Alors, il se serre encore la ceinture, avec le sourire indéfectible qui semble en permanence collé à son visage. Il réussit à entreprendre le voyage: mais sur place, malgré toute son assiduité et sa détermination,il échoue de quelques points à peine. Face à sa volonté, considérant la difficulté supplémentaire que représente pour Simon le fait de passer cet examen en anglais, les organisateurs consentent très volontiers à lui donner le diplôme malgré tout, mais c’est avec une dignité intacte que Simon le refuse et repart donc les mains vides chez lui, bien décidé à travailler encore plus dur et revenir l’année suivante. Un an plus tard, il devait en effet revenir et obtenir son certificat, avec la meilleure note de toute sa promotion. En outre, il devait sur place découvrir une association à but non lucratif, qui lui permit de se sensibiliser aux questions d’éthique environnementale et avec laquelle il décida de conclure un partenariat pour le compte de SENE.

Des jambes à la tête

Dans le même temps, et alors que Simon a pu mener plus qu’à bien son projet d’entreprise et se bâtir une solide réputation en tant que guide dans la région, il détecte que les pierres ne sont pas sont seul levier pour lever des fonds. Alors qu’il court quotidiennement, il a déjà eu l’occasion de s’essayer à un marathon local, qu’il a terminé en moins de 2H30. Comme il doit encore se rendre aux Etats-Unis pour tâcher de récolter des fonds pour une association qu’il a crée avec des touristes concernées et qui oeuvre, en partenariat avec des associations américaines à recueillir du matériel pour les écoles et les cliniques locales, et construire des infrastructures, Simon se dit qu’il devrait courir sur place.

Il s’inscrit alors à son premier ultra-marathon sans n’en rien savoir. Il s’agit du 100 kilomètres de Miwok ! Simon n’a pas l’expérience de ces courses, il part évidemment trop vite et se fait dépasser. Il termine néanmoins dans les dix premiers…
Comprenant alors l’intérêt de gagner en notoriété en occident pour faire entendre sa voix, Simon va utiliser ses jambes, participant depuis lors aux courses d’endurance les plus difficiles aux Etats-Unis tous les ans. Dans le monde de la course à pied, un marché immense en occident, Simon Mtuy n’est définitivement plus un inconnu. Il est un ultra fondeur de classe internationale.

Pour y parvenir tout en valorisant son entreprise, Simon s’entraine au petit matin, courant dans la montagne qu’il fait ensuite escalader en journée aux touristes. Sitôt descendu de l’avion, Simon court. Après le temps, après son rêve et derrière son objectif, car il n’a jamais oublié la fumée noire qu’il a découvert étant gamin.

Depuis il a commencé à replanter de sa propre initiative des arbres en essayant de faire comprendre aux gens des villages l’importance du problème de la déforestation. Un enjeu majeur mais dont l’appréhension nécessite un minimum d’éducation.

Des poumons en souffrance

Si Simon ne s’économise pas, c’est qu’il a compris qu’à la différence de lui, sa région s’essouffle, influant ainsi sur le monde entier.
Ayant étudié la problématique, Simon Mtuy sait désormais que le sommet du Kilimandjaro perd sa calotte glaciaire au cours des années. Al Gore en 2007 devait mettre cette réalité sur le compte du réchauffement climatique global, or dès 2004, on trouve dans la très sérieuse revue scientifique «International Journal Of Climatology» une note tout à fait explicite qui dit que «la baisse considérable de l’humidité atmosphérique à la fin du XIXe siècle a conduit à des conditions climatiques plus sèches ayant sans doute provoqué la diminution du glacier».

Et en effet, les chercheurs semblent aujourd’hui malheureusement majoritairement enclins à considérer ce drame comme la conséquence directe de la déforestation des parties basses de la montagne. Sans humidité apportée par la forêt, les vents autrefois chargés de celle-ci, sont aujourd’hui desséchés. Aussi, n’étant plus rechargée en eau, la glace s’évapore sous le soleil équatorial impitoyable.

La sentence est sans appel: ni l’effet de serre, ni le réchauffement global ne sauraient être à blâmer, mais bien la déforestation opérée par les hommes eux-mêmes.
Pour mieux comprendre le problème de ce terrible cercle vicieux drastiquement densifié au tournant des années 1990, il faut comprendre que le Kilimandjaro est la plus haute montagne d’Afrique et que sur ses flancs poussaient autrefois d’immense arbres qui couvaient des caféiers et des bananiers. Mais ce système de culture ancestrale a cessé lorsque, le cours du café s’est effondré à cette période. Les habitants se sont alors tournés vers le commerce du bois, ne sachant pas dans quelle voie ils s’engageaient. Ainsi, au fil des années, des milliers d’hectares ont été arrachés, transformant ainsi des forêts entières en immenses déserts désolés. Pour parfaire le tout, les habitants ont aussi brûlés des arbres pour récupérer le miel des abeilles qui avaient trouvé refuge dans ceux-ci, à la faveur d’incendies souvent impossibles à maitriser, dévastant à nouveau de nombreux hectares. Simon prend alors conscience que les petits vélos de bois que lui-même fabriquait quand il était gosse et qui ne fonctionnaient évidemment qu’en descente, cachaient une réalité bien plus funeste.

En conséquences, le température a monté de 3 degrés et les pluies ont diminué de 20%, même si Simon se souvient encore rentrer trempé de l’école sous des pluies torrentielles comme il en existe toujours en Tanzanie.
Dans ce contexte, les paysans manquent pourtant d’eau pour leur plantations et abandonnent leurs terrains. Les bergers doivent emmener de plus en plus haut leur troupeaux pour paitre et le cercle vicieux s’alimente. Les habitants font commerce autour du charbon, autour du bois, sciant littéralement la branche sur laquelle ils sont assis.

Mais comment faire comprendre à des gens dans cette situation, pauvres, qu’ils doivent en lieu et place de couper des arbres pour vivre, en replanter pour espérer survivre? Simon a planté des arbres, montré aux enfants et aux adultes, il apprend à construire des ruches comme son grand-père lui avait enseigné, pour que ceux-ci cessent de brûler les arbres.

Il évangélise, avec empathie. Il parle à chacun, ne cesse d’encourager les habitants à prendre soin de leur nature, et ne manque pas de sensibiliser tous les touristes qu’il emmène avec lui.
Ainsi, il ramasse tous les détritus laissés par d’autres visiteurs et encourage tous ceux qu’il croise à le faire. «Avec du plastique, on peut faire un ballon de football dit-il, on y jouait quand on était gosse. Mais toutes ces canettes, ces bouteilles, il ne faut pas les laisser souiller nos terres». Respecté et écouté, Simon peine pourtant à se faire entendre, car les forces antagonistes en présence sont fortes lorsqu’il s’agit simplement, au jour le jour, de faire vivre sa famille.

Une mort pour des vies

En 2004, le SIDA emporte son grand frère Joseph laissant derrière lui trois enfants dont Simon décide d’assumer l’éducation.
Pour cela, il se dit qu’il doit battre un record lui permettant d’amasser des fonds et ainsi d’assurer assez d’économies pour offrir une scolarité à sa nièce et ses deux neveux. Il entreprend donc de monter au sommet et de redescendre le plus rapidement possible en courant le Kilimandjaro avec une assistance. Il va réaliser cette incroyable performance en 8 heures et 27 minutes, levant ainsi 2800 dollars.

Par delà la performance, et à son image, contre l’avis de sa famille, Simon décide de lever le tabou autour du SIDA et devient un porte-parole au sein de sa communauté assurant là aussi un rôle d’éducation pour lutter contre cette pandémie.
Et puis, pour ne pas se contenter de ne venir en aide qu’à ses proches, Simon décide de recommencer l’expérience de l’ascension et de la descente du Kilimandjaro, mais cette fois sans assistance, afin de collecter des fonds pour monter un centre, en mémoire de son frère, de soutien pour lutter sur le terrain contre le SIDA

En 2006, il se lança avec tout son courage dans son entreprise périlleuse et inédite, portant son bardas, s’abreuvant aux cours d’eau qu’il put trouver le long de son parcours et réalisa un nouveau record sans assistance, de 9 heures et 22 minutes.
Un homme extraordinaire se serait déjà contenté de toutes ces réalisations. Mais depuis longtemps, Simon se sent toujours redevable vis à vis de cette montagne. Il n’a pas encore racheté une partie suffisante de la dette des hommes.

Et alors que les années passent et que Simon continue à aller aux Etats-Unis pour participer aux courses en en profitant toujours pour y sensibiliser ses interlocuteurs et coéquipiers sur la situation en Tanzanie, l’homme infatigable apprend à se servir d’un ordinateur, accepte tous les petits emplois possibles,intimement convaincu qu’une expérience pourra un jour ou un autre, lui servir. Il réussit aussi à obtenir des fonds lors de ses participations à des courses. Toujours affable et prêt à partager avec les autres, il est très apprécié pour ses qualités humaines dans le milieu de l’ultra fond, tant et si bien que quand, en 2010, Kilian Jornet vient le voir avec pour objectif de briser son propre record d’ascension du Kilimandjaro avec assistance, loin de s’en offusquer, Simon accepte avec bienveillance de l’entrainer et ira même jusqu’à le suivre durant l’épreuve pour porter ses affaires !

Et c’est en grand seigneur qu’il félicitera le jeune espagnol pour l’avoir détrôné, en 7 heures et 14 minutes. La majesté de l’homme s’avère alors bien à la hauteur de la montagne qu’il vénère.
Mais pour sa part, toujours humble et discret, Simon vient de voir germer davantage que les graines de ses petits arbres.

Avec ce mélange d’expériences accumulées sur les années, il décide alors d’accélérer encore un peu le rythme.

Une course en huit étapes autour du Kilimandjaro

Simon a maintenant toutes les pièces du puzzle. Une entreprise de treck. Une reconnaissance et une légitimité diverse et variée: auprès de la population de sa région, auprès des touristes, et auprès des coureurs occidentaux de l’ultra fond.
Il connait le problème de la déforestation et analyse précisément les enjeux et les conséquences à moyen et long terme.

Il voit la problématique du tourisme de masse et la nécessite de réconcilier son peuple avec les étrangers tout en permettant à tous de profiter pleinement de l’immense beauté que la nature a à offrir.
Alors Simon, prend tous ces éléments et se dit qu’il est temps de faire venir les wazungu courir au Kilimandjaro.

Pour ce faire, en 2012, Simon s’embarque pour les Etats-Unis avec son projet.
Comme à son habitude, il participe à différentes courses et explique alors son idée à différents coureurs comme Krissy Moehl, Steve Villiger ou encore Jake Zmral pour ne citer qu’eux.
Son objectif est d’organiser une course en 8 étapes, autour du Kilimandjaro, aussi il entend faire venir les occidentaux sur ses terres, mais plus précisément encore dans ces villages oubliés des circuits touristiques, pour que, accompagnant les populations locales, ceux-ci viennent aussi planter des arbres et soutenir les actions déjà engagées sur le terrain. En outre, Simon caresse le rêve de réconcilier ces mondes qui se connaissent si mal, d’un côté ces blancs qui n’ont aucune réelle idée du désastre qui se joue et qui les concerne pourtant, et de l’autre, ces africains qui considèrent les blancs comme des êtres plus riches de billets que de gentillesse.
De retour au pays, Simon invite – par emails !- les ultra fondeurs à le rejoindre, en octobre 2012, pour faire le repérage de cette course de 257,5 kilomètres sur 8 jours. Simon attend anxieusement des réponses
Mais celles-ci tardent à arriver. Pourtant, il va en recevoir sept positives de coureurs d’ultra fonds en capacité de tenir la distance, dont précisément Krissy Moehl, Steve Villiger et Jake Zmral. Simon est ravi, 7 occidentaux et 5 locaux, il a de quoi monter son équipe de repérage !
Alors, durant les mois qui précédent l’arrivée de ses invités, Simon sollicite une société de production de reportages d’aventures pour leur demander un film documentaire, qui s’avère aujourd’hui en boite sous le nom de «La Montagne de la Grandeur», Mountain of Greatness* en anglais dans le texte, offrant ainsi sous format film, un point de vue personnel et intime sur cette rencontre de cultures.

*La première diffusion mondiale de « Mountain of Greatness» devrait se tenir à Cape Town , en Afrique du sud dans le cadre du «Trails in Motion Film Festival» et également au «Rainshadow Running Film Festival» dans l’Oregon, aux EU le 29 mars 2013 suivi d’un détour par Boulder, Colorado et Mbahe, Tanzania. La première diffusion mondiale en ligne devrait se faire peu après le 5 avril, et sera visisionnable et téléchargeable sur le site de SENE

Simon prévient les villageois de son projet qui prend forme et va donc vraisemblablement avoir lieu.Il leur explique que des blancs un peu étranges à leurs yeux vont venir, pour eux aussi, courir, mais également à leur rencontre, et pas simplement arpenter leur montagne sans leur jeter un regard mais une canette de soda.

Il enjoint chacun à réserver un bon accueil à ses hommes et ses femmes, si différents mais à la fois si semblable, et tente d’expliquer par delà les frontières, combien la mission visant à sauver les arbres est une cause commune.

Quand on arrive en ville

Quand les sept ovnis occidentaux débarquent à tour de rôle à l’aéroport, c’est la même jeep défoncée qui assure le transport des villageois qui les attend patiemment. Simon n’a pas de mini van climatisé et n’entend pas dépenser le moindre denier dans ce genre d’équipement à l’encontre de toutes ses valeurs.

Mais en revanche, si le confort fait défaut, Simon et son équipe se plient en quatre pour accueillir les visiteurs avec la plus de soin possible.

Très rapidement, Simon décide de rentrer dans le vif du sujet et s’il n’entend pas faire courir dès leur arrivée les malheureux qui ont eu la grande folie d’accepter sa proposition, il décide tout de même de les présenter à la population locale.
Les premiers moments s’avèrent improbables. Les occidentaux, vaguement pétrifiés comme ayant pris un mur durant une course ne savent pas trop comment se comporter sans prendre le risque de choquer.

Du côté des villageois, c’est exactement le même malaise.
C’est sans compter l’enthousiasme communicatif de Simon qui inculque quelques notions linguistiques de base à ses invités, qui, un peu timidement s’y risquent.
Alors les sourires apparaissent sur les visages des femmes, les enfants rient et s’approchent, les hommes observent mais sans hostilité, davantage curieux que méfiants. Les enfants veulent toucher ces peaux étranges, sentir si ces gens sont bien vivants. Les femmes s’approchent respectueusement de Krissy, qui est en short,affublée d’un bandeau. Mais celle-ci s’avère finalement une des plus à l’aise, alors à son tour elle s’ose à toucher les étoffes qui constituent les robes des femmes, les regards s’illuminent, on regarde les doigts pour y voir une alliance, comme une grande partie de la population est catholique, les enfants veulent essayer les lunettes, et toucher les t-shirts moulants en micro-fibres.
Le contact est noué, dans le village de Simon, comme dans les autres alentours, le même élan va dépasser la peur et les certitudes. Les occidentaux vont pouvoir voir comment on vit ici, comment on vit réellement par delà les clichés sur papiers glacés. Et ainsi débute la découverte inattendue pour nos sept invités après 19H de vol.
Les écoles rudimentaires, mais paradoxalement les éclats de voix enjoués, la langueur du temps qui s’écoule dans une sorte d’ambiance emprunte de sérénité et sagesse, tout en ajoutant tout de même des pointes d’improvisation à chaque coin de rue: un poulet qui s’échappe, un gosse qui tente une escalade improbable sur une maison en construction, des femmes visiblement embarquées dans une discussion animée, à laquelle viennent s’agglomérer de nouvelles, toutes aussi soucieuses de participer au débat, les vieux qui sirotent une bière fraiche à l’ombre d’une ruelle les yeux mi-clôts, ou encore ces jeunes hommes qui reviennent littéralement trempés d’avoir été se jeter dans les rivières avoisinantes.
Les visiteurs découvrent les cottages de SENE ainsi que ses employés, parmi lesquels ceux qui vont les accompagner.
lls ont le souffle court- ce qui leur est plutôt inhabituel-devant les merveilleux lacs scintillants de Chala et Jipe. Ils visitent également les fermes, vont se baigner à leur tour sous les chutes d’eau de la rivière Moonjo et finissent la journée par une bière glacée ou un café maison selon les préférences.
Des couleurs, des odeurs, des goûts, des bruits, des langues, l’altitude de déjà 1900 mètres, pour les wazungu le flux d’informations nouvelles est incessant et pourtant dès le lendemain, Simon leur a préparé un programme de repérage au cordeau qui nécessitera chaque jour un réveil très matinal et un rythme soutenu.
Les premiers jours de course, Simon a prévu de couvrir 62 kilomètres en deux étapes. Pour les ultra fondeurs, au premier jour, il s’agit tout autant de découvrir une végétation incroyable, des cours d’eau et des rivières qui serpentent, qu’une forêt primaire profonde, abritant des singes aussi bleus qu’effrayés. Le soir, on dort dans des écoles ou des églises aménagées et on va à la rencontre des habitants pour aborder la question de la déforestation. La deuxième journée emporte nos aventuriers vers les flancs plus au nord de la montagne, là où la sécheresse s’avère plus présente, bordant la frontière avec le Kenya, et traversant plus tard des troupeaux ou croisants des buffles sauvages- qui redonnent alors un peu de fraicheur aux jambes des coureurs pas totalement convaincus de la bienveillances des bestiaux.Le troisième jour, Simon ajoute deux kilomètres de plus à l’étape qui emmène cette fois les coureurs sur un terrain plus âpre et rocailleux, mais avec la récompense de voir la migration de certains animaux et de croiser des guerriers Maasai qui courront spontanément quelques centaines de mètres à leurs côtés, avant d’échanger quelques mots de sympathie avec Simon. Le soir venu, au nouveau village, seules les étoiles éclairent le campement. Mais grâce à la lune, les sportifs s’endorment avec pour dernière vision son reflet sur le sommet du Kilimandjaro. Il serait ingrat de demander davantage.

Le quatrième jour de course s’avère très difficile comme il s’agit de couvrir 39 kilomètres et que la fatigue commence furieusement à se faire sentir, voire pour certains occasionne des blessure. Mais personne n’abandonne et le repérage se poursuit dans la solidarité.Croisant un lac connu pour ses superstitions locales, le parcours s’étend sur des routes de terre poussiéreuses qui assèchent la gorge et gercent les lèvres. Et puis, au détour d’une autre, qu’on pense ne devoir jamais voir cesser, on croise d’anciennes fermes coloniales qui produisent encore aujourd’hui des céréales. La journée s’achève dans une ferme qui fait pousser du blé et de l’orge en vue d’approvisionner les brasseries de bières locales ainsi que des produits pour les marchés de Arusha.

La vue sur le mont Meru semble redonner de la vigueur aux audacieux participants, à ce stade déjà amaigris et éreintés.
Le cinquième jour de course sera sans doute le pire d’un point de vue physique. Avec une distance de 46 kilomètres à 1826 mètres d’altitude, suivi d’une 6eme étape de 35 kilomètres, d’une 7eme de 24 et d’une ultime presque «ridicule», de 21 kilomètres.

Les paysages passent du désert à une végétation luxuriante. Les écoliers n’ont pas tous le même uniformes selon les villages, mais tous veulent courir avec les étranges wazungu. A chaque étape, comme Simon le souhaitait, il ne s’agit pas que de voir passer des étrangers. Ces derniers plantent des arbres, prennent les enfants dans leurs bras et accompagnent leurs gestes visant à les imiter, sous le regard reconnaissant de leurs mères.

L’avant dernier jour sera l’occasion pour les wazungu de voir le village de Mweka, 3eme centre touristique pour le treck où Simon a acheté des terres et y possède un petit troupeau de chèvres et de vaches, ainsi qu’un modeste champ. Un jour, il espère y faire construire sa maison. C’est aussi plus tard l’occasion de découvrir le village de Kidia, qui fut le premier campement européen implanté au Kilimandjaro au temps de la colonisation.

Finalement, le repérage se termine et signe ainsi la certitude pour Simon de pouvoir organiser sa course en octobre prochain, pour ce qui sera, la première édition.
Il sait qu’il s’agira d’une course d’élites et l’entend comme tel, car il ne s’agit pas de brusquer les populations locales en faisant débarquer des centaines de coureurs dans la région, qui vont forcément froisser les habitudes et risqueraient de provoquer un choc culturel mais cette fois, négatif.

Néanmoins, à l’avenir, Simon espère pouvoir proposer des courses à un public plus large et faire découvrir aux touristes les autres merveilleux sites de sa région, en plus du Kilimandjaro, aussi beau soit-il.
Mais pour l’heure, l’aventure 2012 est finie.

Les occidentaux sont fatigués, mais ils se sentent bien, il savent maintenant que d’autres vies que la leur mais liées à la leur, existent. Des vies où l’on a pas besoin de faire 5 kilomètres pour aller acheter du sel, mais qu’il suffit de cogner à la porte du voisin pour en obtenir, en plus d’une tape amicale. Des vies où pour la nouvelle années, on apporte chacun un lapin et on festoie tous ensemble toute la nuit. Des vies où l’on peut attendre un moment la jeep censée emmener où l’on doit se rendre mais où le temps a une autre valeur.

Jusqu’au dernier souffle

Les visiteurs repartis, Simon a repris son travail, ses entrainements de course et son projet qui va donc avoir lieu en Octobre 2013.
Il a dit à sa femme, sa fille et son fils qu’il était heureux.
Et puis, bien qu’il soit monté tout en haut de la montagne plus de 400 fois, cette mission de repérage accomplie, il y est retourné. Là haut, il s’est assis et a regardé le soleil se coucher. La beauté de la nature, presque arrogante, s’est une nouvelle fois infiltrée dans ses veines. Et il a écouté le vent, le souffle de la montagne. Il a attendu, pour savoir ce qu’elle avait à lui dire, pour savoir si sa tâche était enfin terminée, pour savoir s’il pouvait à présent se reposer. Silencieusement, respectueusement, il a attendu la réponse qu’il connaissait déjà.

Et dans un léger souffle rapide qui lui a caressé délicatement la joue pour remonter jusqu’à son oreille, il l’a entendu lui murmurer tout doucement : «pas encore».

 

Des histoires pas nulles, Zatopek #26

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Barbeyrac, l’homme qui a traversé en courant les continents australien et américain, quand ce n’était pas encore à la mode, et en plus…Sans rien dire à personne !

Au téléphone, Francis de Barbeyrac, à qui je demandais timidement une entrevue, me répond un peu interloqué:
“Mais attendez, Mademoiselle, il doit y avoir une erreur.Je suis un vieux monsieur. Mes histoires n’intéressent plus personne.”
“Laissez-moi en juger”, lui ai-je rétorqué. “Si elles sont nulles, je vous promets de ne rien publier.” Et voilà comment je me suis retrouvée chez lui, dans sa maison de Fontainebleau pour écouter, entourée de ses petits enfants,des histoires pas nulles. Franchement pas nulles.

Merci de votre accueil!

C’est bien naturel. Mais je ne sais pas trop ce que tu vas pouvoir écrire quand même. Bon, c’est vrai. Dans les années 70, j’ai traversé l’Australie et les États-Unis à pied. A part ça…

Il me semble que ce n’est déjà pas si mal! D’autant que vous avez accompli ces périples à une époque où l’on ne parlait pas de raid, de trail ou d’ultra-endurance?

Ah ça, c’est sûr. On me prenait pour un cinglé! Mais j’ai toujours été assez imperméable aux opinions et regards des autres. J’aimais courir, voilà tout. Pour moi, c’était aussi une façon de voir du pays. Vois-tu, je
suis issu d’une famille plutôt pauvre de sept enfants en Bretagne. Nous n’avions aucun moyen de transport à l’époque: pas de voiture, pas de moto. Tous les déplacements se faisaient à pied. L’école, les courses, les visites. Bref, nous marchions tout le temps. Et les week-ends aussi. Avec des copains, nous avions l’habitude de partir pour des randonnées avec comme défi celui de nous écarter le plus possible de Rennes. Mon premier exploit sportif fut de faire Rennes-Saint-Malo-Rennes en moins de 24 heures. Nous étions partis de nuit avec un bout de fromage pour tout ravitaillement.
Je devais avoir douze ans.

Entre Rennes et Saint-Malo, il y a un peu plus de 65 kilomètres! Vos parents n’étaient pas inquiets de vous savoir sur les routes?

Il faut croire que non! (Il rit). C’était un autre temps. Les familles étaient plus nombreuses qu’aujourd’hui.
Les parents peut-être aussi un petit peu moins stressés.

Vous marchiez ou vous couriez?

Moi, j’ai toujours adoré courir. Je me rappelle qu’en primaire, j’avais un professeur d’EPS que j’estimais beaucoup: Monsieur Roquetin. Il avait remarqué que les grimpers de corde, les sauts de cheval et autres pitreries de ce genre n’étaient pas ma tasse de thé. En revanche, j’étais increvable lorsqu’il s’agissait de courir.
Alors il me laissait faire. Je courais seul sur la piste pendant les deux heures de cours. J’adorais cela.

Vous rêviez de devenir coureur à l’époque?

Pas le moins du monde, je ne savais même pas qu’on pouvait en faire un métier. Non, je voulais être vulcanologue.La vie en a décidé autrement. Né en 1948, j’avais donc vingt ans en 1968. J’aurais dû entrer à l’Université mais tout était sens dessus dessous. Pour certains jeunes de ma génération, ce furent des moments magnifiques. Pas pour moi! Je devais avoir l’esprit de contradiction… Toujours est-il que j’ai voulu fuir ce chaos et tous ces slogans que je trouvais débiles du style «il est interdit d’interdire». Je me suis engagé chez les paras commandos.

Quoi! Toute une génération rêve de liberté et vous prenez le chemin inverse, celui de l’ordre et de la discipline.

Je comprends que cela étonne. Mais je n’ai pas eu le sentiment de perdre ma liberté en m’engageant. Au contraire! L’armée m’a proposé un cadre et des perspectives que je ne trouvais pas dans la société civile. De plus, j’ai toujours considéré qu’il valait mieux choisir sa liberté plutôt que de se la laisser imposer par les autres. J’ai donc fait carrière dans le premier régiment de parachutistes d’infanterie de Marine. Puis cela me permettait aussi de continuer à courir et de rencontrer des champions comme Fernand Kolbeck (*). Pendant l’été 1972, j’ai eu envie d’assister aux Jeux olympiques. Je suis parti sur les routes avec une paire de chaussures de volley aux pieds. La semelle était toute fine. Cela me convenait bien. Direction Munich!

En courant?

Bien sûr, je n’avais toujours pas les moyens de voyager autrement. J’avais fait mes calculs et pointé sur la carte des villes-étapes de manière à couvrir plus ou moins soixante kilomètres par jour. Je partais tôt le matin, j’arrivais donc généralement pour midi et là, je demandais si quelqu’un pouvait m’héberger. En général, cela ne posait pas de problèmes. J’ai dormi dans des mairies, des granges, des maisons privées ou parfois même des chambres d’hôtels qu’on mettait gratuitement à ma disposition grâce à la publicité faite à l’expédition par la presse locale. Trois semaines plus tard, j’avais fait les 1300 kilomètres et j’étais au stade.

Etiez-vous déjà compétiteur à l’époque ?

Il y avait peu de courses. Alors on lisait le magazine Spiridon pour savoir où cela se passait. Pour s’inscrire, pas besoin de licence ou de certificat médical.On payait 5 francs pour un dossard. Et c’était tout. A l’arrivée nous étions parfois récompensés de nos efforts par des prix tirés au sort. Je me souviens que pour la première édition des 100 kilomètres de Millau en septembre 1972, j’ai gagné deux œufs durs.

Cinquante bornes pour un oeuf dur! Sur le plan énergétique, l’autonomie n’est pas garantie!

J’étais tout de même content! Les choses valent parfois plus que leur prix. J’ai également pu mesurer cela en Afrique. En 1975, je me retrouve affecté comme commandant de la première compagnie du Groupement Nomade Autonome à Djibouti. Nous étions 180 personnes sur place. Des soldats locaux que l’on appelait des «goumiers». Des types formidables! Ils connaissaient le terrain. Ils savaient où se trouvaient les points d’eau et m’ont enseigné toutes les astuces pour survivre dans le désert. Notre mission consistait à contrôler le trafic d’armes sur la frontière éthiopienne.

IMG_0932

IMG_0935Sur place, j’imagine que vous avez trouvé des coureurs pour partager vos sorties d’entraînement?

Pas vraiment. Enfin, si. J’avais Bill… C’était un léopard que j’avais apprivoisé et qui m’accompagnait partout. Je l’avais appelé Bill. Courir n’était pas ce qu’il préférait du reste. Il devait tout le temps m’attendre. Mais sinon, il était de bonne compagnie. Il m’a fait mal une seule fois. Je m’étais approché trop près alors qu’il était en train de manger. Il a cru que je voulais lui retirer son morceau de viande de la bouche. Il m’a griffé et j’en ai gardé une ou deux cicatrices. (NB: il pointe l’emplacement sur sa cuisse par dessus son jean. Les enfants aussi sont très impressionnés). Mais je ne lui en ai pas voulu. C’était ma faute, après tout.

Vous êtes resté combien de temps là-bas?

Environ deux ans. Puis je suis rentré en France avec un congé de fin de mission de deux mois. Je me suis dit que ce serait amusant de faire la traversée de l’Australie en courant, j’avais vu ce continent sur une carte et je lui trouvais une belle forme, oui vraiment une belle forme! J’en ai parlé à la soeur de la femme de mon frère. Je ne la connaissais pas vraiment. Je l’avais juste rencontrée à deux ou trois occasions. Je ne sais pas vraiment ce qui m’a pris ce jour-là, mais je lui ai proposé de m’accompagner. Encore plus bizarrement, elle a dit oui.

Attendez, vous êtes en train de me dire que vous demandez à une jeune femme que vous ne connaissez pas de faire avec vous la traversée de l’Australie en courant, et elle vous répond «d’accord» comme si vous l’aviez invitée au cinéma?

Oui, c’est à peu près cela. (Il rit) Note, elle n’était pas tenue de courir. Elle devait simplement conduire la voiture d’étape en étape. Le problème c’est qu’elle n’avait pas encore de permis à l’époque. Elle l’a vite passé. Et nous sommes partis, Monique et moi après avoir mis toutes nos économies dans l’aventure. Arrivés à Darwin, on apprend que, peu de temps auparavant, un autre Français avait tenté la traversée du désert de Simpson et qu’il en était mort de soif. Les responsables de l’armée australienne qui assurent les secours en cas d’accident n’étaient pas très enthousiastes à l’idée de nous voir partir. Heureusement, j’ai pu faire valoir le fait d’appartenir à la Grande Muette et j’ai obtenu les autorisations. Restait le problème de la voiture. Nous sommes tombés sur un vieux nazi qui nous a vendu une Renault délabrée. «Elle est pourrie, je sais. Mais le moteur tiendra jusqu’à Adélaïde.». Il y avait 3200 kilomètres à faire. Il avait raison!

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Comment s’organisaient les journées?
Je courais de six heures du matin jusqu’à midi. Là, on se faisait un bivouac avec une toile tendue entre de simples jerricans d’essence pour se protéger du soleil. Le soir je repartais pour boucler la distance: soixante
bornes en moyenne.

Et pour la nourriture?

J’ai remarqué un truc étonnant au cours de tous ces voyages. Le corps possède une réelle intelligence pour savoir ce qui est bon pour lui et ce qui est néfaste. La viande par exemple. On sait que sa digestion nécessite
un gros travail au niveau métabolique. Pour ne pas accumuler les fatigues, on en perd très rapidement le goût. A la place, on se trouve naturellement orienté vers des aliments complets, riches en énergie et faciles à
assimiler. Tout au long de ces journées, je me nourrissais essentiellement de flocons d’avoine, de lait, de chocolat, de pastèque, de céréales, de tomates. Je buvais aussi beaucoup d’eau et de Coca. En outre, nous
n’avions qu’un budget ridicule. Cerveau et porte-monnaie étaient donc en adéquation.

IMG_0908Il devait tout de même y avoir des moments difficiles…

Pas vraiment, j’ai beaucoup plus souffert lors d’autres défis qui viendront plus tard dans ma vie. Lors de ce voyage, il ne m’est pas arrivé une seule fois de «réveiller le vieil homme qui sommeille en chacun de nous».
C’est une petite expression que j’utilise pour expliquer que les fatigues très intenses peuvent donner à des jeunes de vingt ou trente ans des sensations comparables à celles de la vieillesse. Mais je n’ai rien ressenti
de tel en Australie. Le décor était magnifique. Le ciel incroyablement bleu. Je crois que je n’ai jamais vu ailleurs un ciel aussi bleu! Nous étions jeunes, heureux, libres. De retour en France, Monique et moi, nous
nous sommes mariés. On s’est dit qu’après avoir vécu 50 jours à deux dans le désert, on pouvait envisager la vie de couple sans trop de crainte, non? De plus, nous avions réussi ensemble notre première mission!

Une mission pour qui? Pour l’armée?
Pour l’armée, oui. L’armée australienne ne pensait pas que je réussirais ce projet de traversée du continent. Un membre du personnel m’avait donc fait une blague en
me confiant un télégramme «urgent» à porter à Adélaïde! Quand je courais seul sur les routes surchauffées, je pensais parfois à ce télégramme que j’apportais de l’autre côté du pays. Cela me motivait. Puis je tenais aussi l’expéditeur au courant de la progression de sa missive. A chaque poste de police, je signais un registre donnant ainsi la preuve que j’étais passé par là. Parfois je laissais un petit billet qui disait: «the French runner was here, he is still running and alive!»
Traduction: Le coureur à pied français est passé par ici. Il court toujours et est encore bien vivant.

IMG_0893Quelles sont les anecdotes qui vous restent d’une telle aventure?

Je me souviens qu’à Coober Pedy, un bled de mille âmes tout au plus, la maîtresse de l’école m’a présenté aux
enfants. Puis elle leur a demandé de me dessiner. J’ai gardé ces dessins. Ils sont la parfaite illustration de toute l’expédition. J’ai aussi en mémoire les expressions de leurs visages, avec de grands yeux qui me regardaient avidement, à la fois interloqués et pétillants. Dans ces moments-là, j’avais l’impression de contribuer à faire ce que je lirais plus tard sous la plume de Paulo Coelho, c’est-à-dire construire ma légende personnelle. Je me demande parfois quelle trace aura laissée cette rencontre dans le cerveau de tous ces gosses. Un autre jour, je me souviens que nous étions en train de faire les courses dans un supermarché avant de reprendre la route, sans intention d’acheter grand-chose pour les raisons que tu sais: le manque d’appétit et le manque d’argent! Mais le gérant à qui nous avions très brièvement fait le récit de notre voyage s’est montré très enthousiaste et il a tenu à nous accompagner dans les rayons. Là-dessus, il se met à remplir notre caddie en riant bruyamment à chaque fois qu’on tentait de lui faire comprendre dans notre anglais sommaire que nous n’avions pas besoin de toutes ces choses et que nous n’avions pas non plus l’argent pour les payer. Il s’en fichait!
Il continuait d’empiler les conserves et les boîtes de céréales. «Quel con! Quand est-ce qu’il va comprendre qu’on ne peut pas lui payer toutes ces saloperies?» ai-je dit à Monique. «Mais, regarde, il continue. Quel connard!» On arrive à la caisse, le type se marre toujours et nous parle en français. «Voilà! Le con tenait à vous offrir un plein caddie de saloperies! Vous ne me devez rien. Bonne route, les amis». Nous étions mortifiés! Bien sûr, nous voulions nous excuser. Il riait chaque fois de plus belle. Si Dieu ne l’a pas rappelé à lui, je suis certain qu’il en rit encore.

La traversée de l’Australie vous a manifestement inspiré. Quelques temps plus tard, vous décidez de répéter l’opération sur le continent nord-américain.

J’avais entendu parler d’un coureur anglais, Bruce Tulloh (*) qui avait réalisé cet exploit en 1969. Il avait couvert la distance de Los Angeles à New York, soit 4500 kilomètres en 64 jours. J’avais aussi dans la tête les différentes scènes du livre magnifique La Grande Course de Flanagan qui raconte l’histoire d’une épreuve transcontinentale organisée en 1931 sur le même parcours. Nous sommes en 1979, je travaille alors comme instructeur des élèves officiers à Coëtquidan et je soumets le projet de la traversée à ma hiérarchie et à ma femme! A la différence de Tulloh, je ne voulais pas prendre la route 66 qui passe par les grandes villes. J’avais dessiné un itinéraire plus champêtre et plus authentique. Nous devions partir de Norfolk dans l’Etat de Virginie. L’objectif final restait Los Angeles.

Pourquoi Norfolk? Ce n’est pas spécialement folichon comme endroit.

Le principal intérêt de cette ville, c’est qu’elle possède une base de la Navy où nous pouvions être logés gratuitement.
En outre, le Ministère de la Défense nou avait trouvé des places dans un avion qui reliait la Californie à Montréal. Cela nous permettait d’économiser en partie le voyage du retour. A l’aller, l’armée française nous offrait l’essence. Pour le reste, on se débrouillait avec des moyens toujours très limités. Chaque accompagnateur y allait un peu de sa poche. Pour la nourriture, nous faisions un pot commun. Et la voiture?
Encore Renault! Ils cherchaient alors à commercialiser la R5 aux Etats-Unis! Ils nous en ont confié une. General Motors nous a prêté en plus une Jeep Cherokee.

Le grand luxe! Et en outre, par rapport à l’Australie, l’équipe s’était étoffée.

Effectivement. Nous étions accompagnés cette fois par trois nouvelles personnes qui avaient répondu à un appel passé dans le magazine Spiridon. Parmi elles, il y avait Manu, le cousin de la championne
portugaise Maria Manuela Machado (*). Un type formidable qui fut d’une aide très précieuse tout au long de cette épreuve. Dieu que ce fut difficile! L’été de l’année 1979 a été caniculaire aux Etats-Unis. J’avais
l’impression de courir dans un four! Il faisait parfois jusqu’à 50C°avec 90% d’humidité relative. La chaleur, la fatigue, les tensions dans le groupe. Tout cela faillit avoir raison de la tentative.

D’autant que cette fois, vous n’aviez pas pour mission de livrer un télégramme.

Si! Nous nous étions tout de même fixé un but symbolique. Lors de notre départ, Monique avait pris un peu d’eau de l’Atlantique dans une bouteille. L’objectif était de verser cette eau dans le Pacifique à notre arrivée.

Vous suiviez le même programme qu’en Australie?

Non. Là, j’avais prévu de couvrir une distance de 100 kilomètres par jour. Je partais à 4 heures du matin. Je courais 5-6 heures jusqu’à ce que le soleil tape trop fort pour continuer. Alors je m’arrêtais ou je continuais en
marchant sous un parapluie. Le soir, je me remettais à la course. Au total, j’essayais de faire 70 kilomètres la course et 30 à la marche. J’avais aussi trouvé une technique géniale pour ne pas trop souffrir de la chaleur.
Je portais trois tee-shirts en coton. Le premier s’imbibe de sueur. Le second permet une évaporation sans ruissellement sur le sol. Le troisième fait écran au soleil.

A quoi pense-t-on pendant toutes ces heures sous le soleil?

Une idée récurrente était que personne ne m’avait obligé; que c’était mon choix, ma liberté. Je me suis retrouvé dans une position paradoxale: prisonnier de la liberté que je m’étais octroyée. Mais nous dérivons sur le terrain de la philosophie, là. Pour une raison que j’ignore, je pensais aussi beaucoup aux déportés des camps de la mort. Dans la confusion des sens qui était mon lot quotidien, je me disais parfois que ma course était une façon d’honorer leur mémoire.

IMG_0941Vous avez finalement réussi!

Eh oui, nous l’avons fait. Nous avons bouclé la distance en 53 jours. Onze de moins que Tulloh! Enfin, c’est ce qui a frappé les journalistes. Personnellement, je n’accorde pas trop d’importance aux chiffres, aux records et tout ce qui s’ensuit. A notre arrivée à Los Angeles, il y avait du monde! Je devais répondre à un tas de questions –or je n’aime pas beaucoup cela-, tandis que Monique se livrait en toute tranquillité à sa mission de rééquilibrage des océans.

Qu’est-ce qui vous dérange dans le fait de raconter votre aventure et de souligner le côté extraordinaire de votre performance?

(Silence) Dans la plupart des journaux et magazines, on relate surtout l’actualité sportive par le biais des résultats et des performances. On affiche les chronos, les distances, les moyennes. Tout cela prête à une surenchère médiatique qui nous écarte, à mon avis, des vérités du sport. On ancre dans l’esprit du plus grand nombre que tout cela est hors de sa portée. Or la bonne leçon à tirer de ses exploits serait au contraire qu’on puisse se dire que tout est possible et que chacun peut, avec le talent qui est le sien, s’atteler à de grands objectifs. C’est même essentiel à l’équilibre.
L’homme n’a pas besoin de «grand-chose» pour vivre. Mais il lui faut vivre de «grandes choses».

Propos recueillis pas Anne-Sophie Girault

(*) Dans les années 70, Fernand Kolbeck a réalisé d’excellents chronos
sur la piste : 13’48’’ au 5000 mètres et 28’50’’ sur 10.000. Il
possède aussi un record de 2h14’ sur marathon. Sur cette distance,
il a été sélectionné aux Jeux de Munich en 1972, puis à ceux de
Montréal en 1976. En 1979, il remporte le Marathon de Paris.(*) Bruce Tulloh fut aussi champion d’Europe de 5000 mètres à
Belgrade en 1962. Il avait la particularité de courir pieds nus.

(*) Maria Manuela Machado fut notamment championne du
monde du marathon à Göteborg en 1995.

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Dieu, mon neveu et mes baskets, Zatopek #25

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Nous nous étions fixé rendez-vous à la Gare de Chambéry à 9 heures. Chacun devait avoir un exemplaire du dernier Zatopek dans les mains. Je m’attendais naïvement à trouver un curé « classique », celui que tout le monde a plus ou moins en tête: col romain, robe noire et sandales de cuir. Au lieu de quoi, je tombe sur un bonhomme souriant, en jeans, blouson Quechua ouvert au col, chaussé de Gel Nimbus de couleur orange. Cela fait longtemps que je ne suis pas allée à la Messe!

Légende

Le Père René Pichon est probablement le seul curé de France qui excelle dans les épreuves de cross et de demi-fond. Dans les années 60, il comptait parmi les meilleurs athlètes de sa génération. Aujourd’hui, il a gardé la foi dans le sport et dans la religion. Parfois, il mélange même un peu les deux.

Vous donnez la messe en ASICS?

(Il ne comprend pas. Je lui montre ses chaussures). Ah, mes chaussures. Excusez-moi, je ne connaissais pas la marque. D’ordinaire, je vais dans le magasin et je prends celles que le vendeur me conseille. Pour celles-là, il m’a fait un battage d’enfer. Sans mauvais jeu de mots, hein? Vous les connaissez, ces chaussures? (Je lui réponds que j’ai commencé la course à pied avec les mêmes). Ah bon. Elles vous plaisent?

Oui, beaucoup. Mais avec la soutane, cela doit jurer un peu, non?

(Il sourit). Vous savez, moi, la soutane je ne la porte plus. Comme presque tous ceux de ma génération. On laisse cela aux jeunes et à tous ceux qui sont attachés aux signes identitaires.

Vous ne voulez pas qu’on sache que vous êtes curé?

Non, ce n’est pas cela. Je trouve seulement que tous ces habits, toutes ces marques (il montre ses chaussures), tout cela contribue à éloigner les gens les uns des autres. Nous sommes en train de perdre de vue le sens premier du mot « religion » qui vient du verbe latin « religere » qui signifie « relier ». La religion est donc censée nous rassembler et pas nous diviser. Quitte à porter les couleurs de quelque chose, je préfère celles de mon club d’athlétisme.

Quel âge avez-vous si je puis me permettre? Et depuis combien de temps courez-vous?

Eh bien cela dépend! Certains jours, je me sens aussi jeune que mon neveu avec qui je vais courir assez régulièrement. Il a 25 ans. Et ce n’est pas une mince affaire que de le suivre, croyez-moi. Mais je m’accroche. D’autres jours, je me sens plus âgé, c’est normal. Du coup, je ne sais pas quoi répondre quand on me demande mon âge. Disons que j’ai l’âge que les gens me donnent. D’ailleurs combien me donnes-tu? (Question embarrassante, par excellence. Si on tape trop bas, on sera suspecté de flagornerie. Si on tape trop haut, on déçoit. Tant pis, je me risque).

Cinquante-huit ans?

(Il sourit). J’ai soixante-six ans! Mais je sais, je ne les fais pas! Et c’est grâce à la course à pied, j’en suis persuadé! Je cours depuis que j’ai douze ans. J’ai commencé à l’école. Là, j’ai été repéré et confié à Robert Bogey, le grand entraineur du club d’Aix-les-Bains. J’étais bon déjà sur 1500 mètres et en cross. Je suis de la génération de Jazy et Bernard. Ce dernier est d’ailleurs resté un très proche ami. Je n’étais pas de leur niveau, mais tout de même. Mon palmarès compte trois titres de champion des Alpes sur 5000 et 10.000 mètres et j’ai fait trois fois dans les vingt premiers Français au National de cross-country.

Entre douze et soixante-six ans, si je compte bien, cela fait quarante-quatre années que vous êtes affilié dans le même club.

Exactement! Je suis fidèle dans tous les sens du terme. Pour moi, Aix-les-Bains répond exactement à la définition d’un « grand petit club ». Je veux dire par là que nous avons des talents admirables comme Christophe Lemaitre qui brille au firmament du sport mondial. En même temps, on garde cet esprit d’amateurisme qui a longtemps caractérisé l’athlétisme. A Aix, les entraîneurs, les sportifs, les dirigeants, tout le monde entend rester simple et modeste. Et cela fonctionne! Songez qu’un entraîneur aussi chevronné que Pierre Carraz continue de coacher bénévolement les jeunes pour permettre à des talents comme celui de Christophe précisément d’atteindre leur plein potentiel. Je trouve cela fantastique. Alors, je sais que mon discours peut paraître rétrograde. Mais je regrette que les Jeux olympiques aient abandonné leur idéal d’amateurisme. A mon avis, on devrait revenir à plus de simplicité, d’authenticité. En revanche, si nous nous enferrons dans la direction prise par le sport-spectacle avec une mise en scène toujours plus délirante des sportifs de l’élite, nous aurons bientôt tout perdu.

Qui vous a amené à la course à pied. Etaient-ce vos parents?

Non, pas du tout! Je viens d’un milieu très modeste, un monde de paysans. Chez moi, faire du sport, cela revenait à se fatiguer inutilement. Comme on disait à la campagne et comme me l’a rabâché ma mère toute mon enfance: « soit tu travailles, soit tu te reposes ». Quand j’étais petit, c’était plutôt mal vu de courir. Il fallait s’y prendre en cachette.

Et votre engagement religieux, comment est-il venu?

Je ne pourrais pas le dire avec précision. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours voulu être prêtre. Dès l’âge de trois ou quatre ans, j’avais la conviction que toute cette beauté, toute cette intensité que je percevais venait forcément de quelque chose de supérieur à nous et que je devais me mettre à son service, m’inscrire dans cette continuité, donner ainsi du sens à ma vie.

(Incrédule) A trois, quatre ans?

Il me semble. Bien sûr, je ne formulais pas cela à l’époque comme je viens de le faire. Mais je voulais me rapprocher d’un Dieu aussi bienveillant.

Du coup, la religion et la course à pied sont devenues les phares de votre vie. Est-ce que ces deux passions se complètent bien?

Disons plutôt qu’elles se ressemblent. Elles impliquent une forme d’ascèse l’une et l’autre. Puis il y a l’idée de se découvrir et surtout de se redécouvrir. Dans la religion, on parle de résurrection. Mais c’est similaire à bien des égards à ce que l’on peut expérimenter dans le sport. Là aussi, on dépasse parfois ses limites. Là aussi, on peut faire renaître un peu de soi-même, comme lorsqu’on va puiser très profondément en soi des forces dont on ignorait l’existence. Les sportifs utilisent parfois des expressions religieuses comme l’« au-delà ».

Tout de même, je m’interroge. Vouloir courir, dépasser les autres… N’est-ce pas vanité?

(Long silence) C’est une question intéressante. (Re-long silence). C’est vrai, il y a une part d’orgueil dans le fait de vouloir gagner. « Les premiers seront les derniers », dit la Bible pour fustiger précisément ces ressorts de vanité. Mais si on applique ce principe en course à pied, évidemment, on ne risque pas de faire des étincelles en compétition. Personnellement, j’ai résolu cette question en ne considérant jamais mes adversaires comme des ennemis, mais plutôt comme des paroissiens. Quand je cours, je me donne l’illusion de tirer les autres, de les motiver, de leur servir de moteur et d’exemple. Pour moi, vois-tu, la compétition n’est pas seulement une affaire de domination. Elle peut aussi servir l’entraide et se développer dans un souci d’épanouissement mutuel.

On trouve cela dans la Bible?

En fait, non. Le sport tel qu’on l’entend aujourd’hui est un concept très moderne. Dans la Bible, il n’y est pas fait référence comme nous venons de le dire. Ceci étant, il y a bien Paul qui nous dit: « Vous savez sans doute que ceux qui participent à une course courent tous mais qu’un seul remporte le prix. Courez donc de manière à remporter le prix. » On pourrait faire l’analogie avec le sport de compétition. Mais attention à ne pas en exagérer la portée. Il dit qu’il faut courir « de manière à remporter le prix ». Il ne dit pas qu’il faut courir « pour remporter le prix ». C’est plus qu’une nuance! En fait, il donne la méthode. Mais au final peu importe qui gagne.

Dans la religion, le corps n’est souvent considéré que comme l’enveloppe périssable de l’âme. Comment résolvez-vous ce paradoxe?

Ah, l’opposition du corps et de l’esprit. Sempiternelle problématique! C’est vrai que la religion entretient un rapport complexe avec le corps. On pense bien sûr à toutes ces histoires de martyrs qui cherchent l’élévation dans la souffrance. Personnellement, je ne sens pas cette dualité. Pour moi, le corps et l’esprit sont intimement liés. Ils sont même partenaires. L’un servant souvent de tremplin à l’autre.

Vous ne trouvez donc pas d’analogie dans les différentes formes de souffrance, sportive et religieuse? Entre ceux qui aiment bien ressentir les courbatures au lendemain d’une grosse séance et ceux qui portent un cilice?

On rencontre plus de coureurs que de porteurs de cilice, heureusement. Mais, oui, tu as raison. On trouve des traits de ressemblance dans ces différentes formes de souffrance librement consenties, qu’il s’agisse d’entraînement ou de pénitence. On trouve aussi des différences. Pour ma part, j’essaye de ne pas sombrer dans la souffrance gratuite, la douleur vide et mortifère. Je suis prêt à éprouver de la douleur, certes. Mais il faut qu’elle revête du sens. Qu’elle aide à parvenir à un stade où l’on pourra percevoir des beautés inconnues. A aucun moment il ne s’agit d’être dans le sacrifice gratuit qui, dans le pire des cas, s’assimile à de la haine de soi. Ceci dit, je reconnais que la frontière est ténue.

Est-ce que Jésus était sportif?

Il a tout de même fait le chemin de croix. Cela vaut bien un marathon, non? Mais, là encore, il l’a accompli pour le chemin lui-même. Pour les valeurs que cela représentait. Pour l’exemple. Cela s’insère dans une démarche. Un peu comme celui qui s’inscrit dans une course et qui se montre prêt à souffrir en contrepartie d’un objectif de réalisation de soi. De plus en plus souvent, je remarque d’ailleurs qu’on cherche à coupler cette motivation égoïste à une autre plus altruiste et l’on décide de soutenir une bonne cause en courant.

Diriez-vous que le regain de popularité actuel de la course s’inscrit dans une recherche de spiritualité?

(Il rit de bon cœur et me demande s’il peut me tutoyer alors que, me semble-t-il, il le fait déjà depuis un bon moment).

Alors écoute, oui, je crois que tu as particulièrement raison. Inconsciemment, les gens sont en recherche. Ils contemplent irrémédiablement le vide de notre société, son individualisme, son égoïsme et, peut-être que sans en avoir conscience, ils entrent dans une démarche spirituelle. Il faut bien l’avouer, l’Eglise jouit d’une image ennuyeuse. Qu’elle mérite sans doute! En tout cas, elle ne satisfait pas ce désir d’autre chose. Du coup, pour ceux qui ne veulent pas verser dans les courants sectaires ou les replis identitaires, que reste-t-il? Oui, je crois que courir est une réponse.

Pourtant si l’on pose la question du pourquoi de leur pratique sportive aux coureurs, ils ne seront pas nombreux à évoquer les manquements de leur vie immatérielle.

Il y a tellement de réponses possibles à cette question: pourquoi tu cours? Beaucoup de gens évoquent des préoccupations de santé. Ils pensent généralement à celle du corps. Mais le sport agit aussi sur le mental. D’autres profitent de ces heures d’effort pour faire l’expérience de la solitude. D’autres encore recherchent la compagnie. On porte les couleurs d’un club. On intègre une communauté. Les compétitions dominicales permettent de se retrouver le week-end, un peu comme lorsqu’on se rendait à la messe autrefois. D’ailleurs, on utilise les mêmes termes. Les manifestations populaires sont communément appelées « grandes messes sportives ». Le parallèle est assez clair.

Et vous, pourquoi courez-vous?

Parce que c’est simple! Dans un monde où tout est devenu compliqué, où la moindre initiative se heurte à des démarches administratives à n’en plus finir, où les progrès technologiques vous donnent tout le temps l’impression d’être dépassé: la course représente à mes yeux un ilot de simplicité. Tu prends tes chaussures (dont tu ne connais même pas la marque) et ton short, et tu sors de chez toi.

Vous oubliez votre MP3, votre GPS, votre cardiofréquencemètre, votre téléphone portable, votre altimètre, votre chrono… D’où vient-il à votre avis qu’autant de coureurs soient soucieux de tout comptabiliser: les minutes, les secondes, les kilomètres, les calories, etc.?

La course, c’est la liberté, je disais. Or, la liberté fait peur! Elle induit un sentiment de vide vertigineux. Du coup, on veut se rattacher à des éléments tangibles comme toutes les données que l’on extrait de ces appareils. Bien sûr, cela revient à se mettre sous le coup d’une autorité nouvelle et d’un autre genre. On peut rattacher cela à l’idée de servitude volontaire si bien décrite par Etienne de la Boétie. Mais je ne me montrerai pas trop sévère car, malgré tout cet attirail, peut-être même réconfortés par lui, ces coureurs font preuve de courage. Ils osent la liberté.

Existe-t-il quelque chose de similaire dans la foi?

Bien sûr. Là aussi, on se retrouve face à une liberté infinie. Et donc on veut se rassurer par l’adoption de toutes sortes de rites. On s’asperge d’un peu de flotte, on met une bougie, on dit cinq prières par jour. Quand j’étais jeune, je considérais cela très sévèrement. Pour moi, c’était du sentimentalisme, de la niaiserie superstitieuse. A présent, j’ai vieilli et je suis plus nuancé. Après tout, il se pourrait que ces rites nous aident à affronter les réalités et procurent le courage nécessaire de ceux qui savent qu’il leur faudra ensuite taper dans le dur.

Avez-vous un maître à penser?

J’admire beaucoup Maurice Blondel (*) et son discours sur la motivation et l’action. En résumé, il distingue deux grands types de volonté, l’une qui s’apparente au désir et l’autre qui est plus ancrée dans la réalité. Exemple de volonté du premier type: « Je veux faire un marathon en moins de trois heures ». Exemple de volonté du deuxième type: « Je veux terminer un marathon. Peu importe le chrono ». Blondel soutient alors que celui qui s’enferme dans des schémas du premier type (il utilise l’expression « volonté voulante ») se condamne à être éternellement frustré et insatisfait. Dès qu’il atteint un objectif, il doit aussitôt s’en fixer un autre pour redonner du sens à sa vie. Il recommande alors de sortir de cette impasse. Cela l’amène à définir le résultat comme quelque chose de limitant qu’il oppose à l’idée de progression (la « volonté voulue ») qui permet alors d’accéder à plus grand que soi-même et à toucher des moments d’éternité. Dans cette perspective, le marathonien qui se préoccupe de son temps est moins riche que celui qui se fiche de son chrono mais qui mesure la qualité de sa course à la fatigue qu’il ressent et aux souvenirs qu’il en conserve: le petit gobelet tendu à un ravitaillement, l’encouragement entendu au bord de la route, la tape dans le dos d’un partenaire d’entraînement, bref tous les moments où la performance ne compte pas et qui valent en définitive beaucoup plus que tous les calculs d’apothicaire.

Vous établissez cette distinction comme si elle dépendait seulement des personnes. Cela dépend aussi des moments. Certaines courses laissent effectivement un bon souvenir indépendamment même du résultat. D’autres sont simplement frustrantes. Sans parler de celles que l’on abandonne. (Prise de doute) Rassurez-moi, il vous arrive parfois d’abandonner?

Oui, bien sûr. Cela m’arrive. Et cela me met en rogne comme tout le monde. Quand tu te retrouves au séminaire à faire deux séances d’entraînement par jour (quinze à vingt bornes) sous le regard vaguement réprobateur de toute une communauté qui te considère comme un marginal, pour ne pas dire pire, je peux te dire que l’abandon ne fait pas partie du plan! En même temps, je pense qu’on a tort de focaliser là-dessus. Tout homme se trouve parfois confronté à ses propres limites. Le cas échéant, on fait alors preuve de sagesse en abandonnant. L’échec aussi a du sens! Il nous oblige à nous remettre en cause, à repenser l’approche. Tomber et recommencer. Rien n’est jamais irrémédiable.

Dans ces moments de doute, vous arrive-t-il de vous adresser à Dieu pour lui demander un coup de main?

(Il marque un temps de pause puis il se met à rigoler). Je suis démasqué. (Il se marre franchement). C’est vrai, j’avoue. Je lui demande de m’aider à accomplir ma mission. (Il se reprend) Mais ce n’est pas seulement pour moi. (De nouveau sérieux) Comme je le disais tout à l’heure, je m’efforce de donner l’exemple.

Dans ces moments là, je perçois Dieu comme une sorte de coach, vers lequel on se retourne dans les moments délicats pour qu’il vous insuffle du courage.

Et c’est le diable qui montre son nez au trentième kilomètre d’un marathon?

Si seulement il n’était qu’au trentième kilomètre du marathon, celui-là! Car le diable est partout en course à pied. Personnellement, je n’ai jamais dépassé la distance d’un semi-marathon. Je préfère les épreuves plus courtes: 5000, 10.000 mètres et les cross. C’est là que j’excelle. Mais le diable, on le rencontre aussi sur des petites distances. Il prend la forme de blessures, de renoncement, de lassitude. Il s’immisce en nous et s’ensuit alors ce combat entre les forces maléfiques qu’il symbolise et celles du courage qui lui résistent. On ressent cela de façon très intense lorsqu’on court, tu ne trouves pas? Peut-être même que le sport ne fait en somme qu’intensifier le combat qui se joue en permanence en chacun de nous.

Vous arrive-t-il de douter de l’existence de Dieu?

Non. Je ne doute jamais de ma foi. La beauté est trop intense, trop évidente, trop présente pour être vide de sens. En revanche, je me suis souvent posé la question de mon engagement. J’aurais pu partir pour des missions à l’étranger où je me serais peut-être rendu plus utile qu’en France. J’ai écrit deux livres sur la course à pied et la foi. Mais il reste tant de choses à dire. Je devrais peut-être me réatteler à la tâche et rédiger un genre de manuel, de coaching de l’âme. On fait bien des fractionnés pour le corps. Ne pourrait-on pas concevoir une sorte d’entraînement par intervalles pour fortifier aussi nos âmes? J’y crois! Puis cela fait des années que je nourris le projet d’un prieuré sportif, un lieu de sport, d’échanges, de rencontres.

Vous n’auriez pas l’idée de créer une nouvelle église tout de même?

(Il s’esclaffe) Rassure-toi. Mais il faudrait tout de même que notre chère Eglise s’ouvre davantage au monde, qu’elle parle d’art, de sport, de créativité, d’imaginaire. Qu’elle nous dise d’utiliser tout cela pour nous détacher de ce qui nous entrave et nous empêche en même temps d’être aspirés par le vide. Je n’en fais pas une religion. Mais je trouve dans la course à pied ce souffle qui permet ensuite d’absorber toute cette beauté, toute cette vie autour de soi, toute cette nature. J’éprouve de la gratitude dans ces moments-là et je me dis qu’au fond, c’est merveilleux d’être en vie et de pouvoir courir tout simplement.

(*) Maurice Blondel (1861-1949) est un philosophe-théologien  français profondément croyant et profondément philosophe, ce qui lui a valu d’être rejeté par le milieu universitaire et de s’aliéner en même temps les critiques d’une église qui n’appréciait guère la liberté de son propos.

pere-rene-pichon(**) Le père Pichon a écrit deux ouvrages. Son premier est un livre de jeunesse qu’il définit comme difficile d’accès. Il s’intitule: Le Sport et la Foi – la Pastorale des Champions (Editions Le Cerf, 1981). Son second livre, intitulé La course de ma vie, souvenirs d’un prêtre sportif (Editions du Cerf, 1992), est beaucoup plus accessible et léger. Il y raconte son parcours atypique, truffant son récit attachant d’anecdotes sincères et inspirantes.

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Test « My Little Paris » /130 mots maximum

Si la question «on dine japonais?» vous plonge immédiatement dans des abysses de lassitude, c’est que vous ne connaissez vraisemblablement pas encore SHU. La microscopique porte à la Lewis Carroll, située ultra confidentiellement rue Suger près de Saint Michel, assure le vol direct jusqu’à Tokyo, pour un premier menu à 38 euros -ce qui en cette période d’emplettes de Noël vous permettra de sustenter votre estomac sans pour autant vider votre précieux porte-monnaie.
Petites fritures subtiles répondant au nom mélodieux de Kushiagé virevoltent devant vos mirettes ébahies, pour venir flatter votre palais selon l’inspiration truculente du chef. La soupe de riz au thé vert et les nouilles fines d’Inaniwa parachèvent le voyage poétique, dans une ambiance intimiste et chaleureuse, où la multitude de loupiotes n’égale pas en nombre les sourires des serveuses.

SHU, ouvert du lundi au samedi de 18H30 à 23H30
8 rue Suger, 75006 Paris
Métro Si Michel ou Odéon
Réservation plus que vigoureusement recommandée au 01 46 34 25 88

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Test Agence/ Guidelines: Saison-Solitude-Décalage-Rythme

Les rues de Paris, au mois de février, ont froid, elles tremblent discrètement. Et renvoient imperceptiblement un bruit sec à l’écho cassant, le son de pas précipités, qui semblent eux-mêmes tâcher ne pas s’éterniser davantage au dehors, soucieux de trouver un abri accueillant, s’engouffrer enfin quelque part, à l’intérieur, dedans, ailleurs. Il faut aussi entendre les murmures des peaux, les paumes des mains qui frôlent le tissu dans les poches trop peu profondes pour être d’un quelque secours, les fouillent désespérément, à la recherche misérable d’un peu de douceur, une infime source de chaleur résiduelle. La fibre lisse et indifférente ne suffit pas, le corps souffre silencieusement, la chair se contracte, inaudible, la peau suinte légèrement à mesure qu’elle s’assèche, le visage brûle atrocement et le soleil, implacable, ironise, solitaire et tout puissant. La lumière, parfaite, qu’il renvoie est un mensonge terrible, il inspire la brûlure mais n’offre que la désolation du leurre. En plein hiver, il faut se contenter de cette lumière glacée du soleil, sa chaleur, quant à elle, a définitivement pris la fuite.

Je revois précisément les rues vides, sévères et désolées du quartier du marais, ce matin là.

Les façades des immeubles projetant la clarté éclatante, cet éclairage qui transperce les pupilles et contraint toujours à plisser les yeux. Je ralentis, gênée par cette luminosité, comme un obstacle, un ennemi invisible, comme si le soleil m’avait désignée moi, personnellement, comme celle à tourmenter si tôt ce matin, faute de ne trouver aucun autre marcheur dans les rues désertées. Où étaient-ils tous passés, où étaient passés les autres hommes, ceux qui comme moi devaient aller travailler, passer des entretiens d’embauche, déposer leurs enfants à la crèche, à la garderie, chez la nourrice, à l’école, ceux qui avaient rendez-vous avec leur comptable, leur avocat, leur notaire ou leur banquier, leur médecin, leur maitresse, ceux qui devaient faire leurs courses, ceux qui devaient apporter leur costume au pressing, ceux qui devaient récupérer un colis ou une lettre recommandée, ceux qui devaient acheter leur repas du midi, ceux qui se trainaient malades à la pharmacie,ceux qui partaient en voyage, en vacances, et ceux qui partaient pour toujours et définitivement, enfin?

Le soleil m’aveugle et je ferme les yeux pour de bon.

J’ai l’impression de me figer pour l’éternité, à l’écoute de la lumière, comme si j’entendais le cri de ma rétine éraflée, une sourde complainte incertaine, une douleur lancinante, comme si j’avais acquis en cet instant la certitude que la perfection est parfaitement insoutenable pour les individus d’ici bas.

Une seconde d’éternité je suis devenue aveugle de lucidité.

Quand j’ai réouvert mes yeux meurtris, j’ai entendu le bruit avant de le voir. La ronde frénétique autour de moi avait repris. Ils étaient tous là, à nouveau, encore et toujours, les fantômes translucides hâtifs, les êtres nonchalants, les passants impatients, les hommes d’affaires tourmentés, les malades condamnés et les visages hostiles, les mères de familles fatiguées et leurs enfants plaintifs, les oisifs et les fuyards. Tous autour de moi, très affairés, dans les rues engourdies et anonymes du marais, à marteler le pavé de leurs pas égoïstes, tout aussi empressés et résolus que dans mon souvenir. J’ai accéléré, plus vite et davantage, comme rattrapée honteusement par ce rythme incompréhensible, revenu subitement, comme par surprise ou hasard, inattendu et inexplicable.

La solitude dans les rues de Paris est un luxe si rare qu’on se prend souvent à l’imaginer, faute de pouvoir le vivre. Quand le réel revient, que la multitude réapparait, quand l’illusion se déchire, nous fermons rapidement et une ultime fois nos paupières déçues sur nos yeux amauroses et endoloris, pour goûter encore une seconde sa résonance, la réverbération de la séparation.

Et puis nous oublions pour survivre, jusqu’à la fois suivante.

 

Note d’intention/ Court-Métrage, Thème de la Rencontre/ Contest Vuitton

Thème: La rencontre/ Note d’intention accompagnant le court-métrage. 

Les livres de notre enfance disaient que tout était écrit, sous tendant par là l’idée d’un destin incontournable à accomplir. Le monde moderne préfère quant à lui souvent invoquer le hasard, se réclamant de sa spontanéité et sa fluidité. Déchiré entre ses croyances inconciliables, l’humain s’accroche désespérément à sa liberté et revendique son libre-arbitre tout en espérant confusément être à un rendez-vous inconnu, qu’il ressent néanmoins comme viscéral. Il hésite, s’agite et se fatigue.

Cerné par l’écho des milliards de vies parallèles à la sienne, l’individu rencontre l’autre avec une facilité accrue. Les liens se nouent et de dénouent dans l’instant virtuel, sublimé par la lumière glacée des réseaux sociaux. L’humanité s’unifie, les communautés se retrouvent, les partages se fondent avec plus ou moins de profondeur et d’intensité.

La solitude semblerait presque un vieux et mauvais souvenir.

Pourtant, sur le chemin qui ramène chez soi, lorsque le jour cède subrepticement face à la nuit ou l’inverse selon l’heure de l’horloge, lorsque la musique s’envole discrètement et les murmures se taisent pudiquement, le silence absolu du retour à soi laisse éclater un vacarme assourdissant.

La solitude est une fatalité, un état nécessaire et indépassable. Après avoir croisé des centaines  de milliers de regards et entendu encore davantage de voix, l’être ne peut plus s’échapper de lui.  Pris alors au piège de notre vérité, la plupart d’entre nous font le choix de nous aveugler, nous juguler, nous mentir, nous divertir, nous taire, nous contraindre, nous restreindre, nous immobiliser, dormir, oublier, nier.

Sursaut de lucidité ou de courage, certains auront pourtant la force d’aller à la rencontre d’eux-mêmes. Pour ceux-là, le combat sera à la fois personnel et collectif, laborieux et évident, sensuel et violent. N’en reste que personne ne sort indemne de lui-même à considérer qu’on puisse d’ailleurs  jamais s’en extraire. Il en coûte de vider la souffrance, vivre la colère, accepter sa condition humaine, refuser la peur, oser le regard sur soi, faire place à la lumière, respirer, renoncer et lâcher prise.  Alors qu’il écrit les pages de sa vie, l’homme peut enfin s’autoriser à vivre. Alors qu’il écrit les pages de sa vie, l’homme se soulage de son propre poids pour enfin commencer à avancer.

Car, si toutes nos histoires finiront inexorablement à l’identique, chacune individuellement restera toujours à écrire, dans son unicité et alors, sa perfection.

Zatopek #24, Novembre, Décembre 2012, Janvier 2013

Pour ce numéro de fin d’année, je tiens ma rubrique Culture Club et signe trois critiques de livres et propose en outre un encart sur des podcasts consacrés à la course à pied, ainsi qu’une présentation rapide d’un atelier de course minimaliste sur Paris.

Mes textes ont fait l’objet de quelques modifications mineures, mais je souhaite néanmoins publier ici les versions originelles.

Le journal est en outre disponible en ligne avec les articles remaniés sur le site internet http://www.zatopekmagazine.com

Courir après un rêve/ Oscar Pistorius

Au rayon des livres inspirants, Oscar Pistorius semble un candidat de premier ordre.

Rudement touché par le sort qui l’a contraint à être amputé de ses pieds à onze mois, mais néanmoins triple recordman mondial sur 100, 200 et 400 mètres, il est aussi l’homme qui s’est battu pour se voir reconnaitre le droit de courir parmi les athlètes valides et ainsi ouvrir la frontière qui sépare les deux mondes. Doté d’une détermination sans faille, le jeune homme est tellement courageux et sympathique qu’on regrette de devoir dire que le livre n’est pas à la hauteur de la réalité. Dans un français se rapprochant de celui qu’on pourrait voir sur un blog, truffé de smileys et de petites anecdotes à l’intérêt très relatif, Pistorius se livre à l’ambitieux projet de se raconter. Restant relativement superficiel dans les réflexions qu’il livre à son lecteur, ce dernier aura un peu le sentiment de lire une longue suite d’articles qu’il aurait pu trouver sur la toile ou dans les journaux. Car si l’homme sort du lot, c’est davantage par ses actes que par ses mots. Plein de bons sentiments, il frôle cependant la banalité la plus cinglante jusque dans les sujets qui évoquent ses engagements les plus honorables-notamment son action contre les mines au Mozambique. Sans doute Pistorius n’ose-t-il pas se défaire d’une certaine pudeur qui le rend du même coup maladroit. Sans doute l’exercice de parler de soi peut se révéler audacieux- et de le faire bien, périlleux. Aussi, accablé par la lourdeur du style et la platitude des propos, vous aurez peut-être la même impression que lors d’un mur au 30e kilomètre d’un marathon, celui là même qui nourrissait pour vous tant d’espoir. Pas de panique ! Pensez à vous hydrater, manger un bout de banane et si besoin étirer votre cerveau.  Vous êtes presque à la fin…

Barefoot et minimalisme : courir naturel, Frédéric Brossard et Daniel Dubois

Si vous avez lu Born to Run/ Né pour Courir et que le minimalisme vous interpelle mais que vous n’y connaissez rien, ce merveilleux petit bouquin est pour vous. En français dans le texte, Daniel Dubois, ostéopathe kinésithérapeute et Frédéric Brossard, ingénieur et pionnier du minimalisme en France, vous proposent de découvrir en douceur la biomécanique de la course à pied, tout en vous expliquant comment débuter en minimalisme sans devoir filer illico chez Daniel pour cause de blessure ! Richement illustré, dans un style clair et efficace, les deux compères rendent leur savoir accessible afin de vous guider dans vos découvertes. Hill striker ou midfoot striker, avez-vous une idée de ce qu’est le drop ? Comment ça, vous n’avez rien compris ? Suivez le guide et 140 pages plus tard, vous saurez !  A mettre entre toutes les mains, pour tous les pieds.


Eat and Run: My Unlikely Journey to Ultramarathon par 
Scott Jurek

Est-il encore besoin de présenter l’incontournable Scott Jurek, le monstre sacré de l’ultra-marathon depuis plus de dix ans?Dans cet ouvrage, disponible uniquement en anglais mais fort heureusement très simple, Jurek raconte sa vie et son oeuvre, avec en prime une présentation de son régime VEGAN, c’est à dire rien qui ne soit issu de l’animal ou testé sur lui. Généreux, Scott livre à chaque fin de chapitre ses meilleures recettes de cuisine ou des conseils pratiques, étrange contraste et retour au réel après un récit franchement pas toujours drôle. Car en réalité, sous une forme qui s’approche parfois de celle du conte, Jurek parle avec pudeur de sa maman malade,pour qui il commença à cuisiner, de son papa abrupte et taciturne, avec qui il confesse un relationnel compliqué, de Dusty Olson son ami et partenaire déjanté. Mais Jurek s’acharne et s’entête: parfois dans la vie, on fait des choses et un point c’est tout. Telle une devise et un guide existentiel, l’homme avance et le mythe le suit. Réussissant haut la main à la fois l’autobiographie inspirante et le guide de nutrition, Jurek étonne. Mc Dougall, l’auteur de Born to Run le décrit comme s’étant entièrement reconstruit de l’intérieur pour finalement parvenir au résultat suivant : un homme et une histoire incroyables. Et à découvrir au fil des pages la vie de ce garçon pauvre, chétif qui s’est mis à courir comme sa mère ne pouvait plus marcher, on est assez d’accord avec lui.

Podcasts

Si vous souhaitez agrémenter vos sorties d’un peu de culture, les podcasts sont faits pour vous ! Ce coup ci, nous vous proposons trois émissions disponibles en ligne, à écouter pendant ou après vos entrainements.

Du Grain à Moudre/ France Culture «Le sport de haut niveau : où finit le corps, où commence la machine?

L’émission évoque grandement Oscar Pistorius et son autorisation de participer aux JO avec les valides depuis 2008. Et au delà de cet exemple, les intervenants abordent les passionnantes questions de dopage technologique ou encore corps naturel et corps technologique. Les handicapés se voient-ils comme des machines ou sont-ils dans le déni? Qu’est ce que la question de l’hybridité et de l’Ethique ? A vos écouteurs, vous allez tout savoir.

Avec pour invités, Bernard Andrieu auteur de «les avatars du corps», et  «L’Ethique du sport»avec 80 autres contributeurs ainsi que Stéphane Proia, psychologue clinicien au CHU de Nîmes, auteur de «La face obscure de l’élitisme sportif» mais aussi Eric de Léséleuc sociologue et maitre de conférence en STAPS Montpellier 1, auteur d’un article intitulé à propos de Pistorius, «La chose la plus rapide sans jambes, ou la mise en spectacle des frontières de l’humain». ( «La chose la plus rapide sans jambe» étant une appellation donnée par Pistorius lui-même pour se décrire NdlR).

Les matins de France Culture/ Marc Voinchet «En quoi le sport est-il le miroir de notre société?» Emission débutant à 1H15 du Podcast disponible

Quelle définition se cache derrière le mot «sport» ? Que raconte le sport de haut niveau? Est-on alors vraiment dans le sport ou davantage dans le spectacle? Quelle différence entre la mise en scène du sport par les médias et le sport que l’on pratique en tant qu’individu solitaire? Quels sont les sports qui passionnent les foules et pourquoi? En quoi les nations peuvent s’identifier aux sports et dans les équipes nationales? Quel parallèle avec le politique? Et encore un petit détour par la question de «l’artificialisation» du corps et sa mise en spectacle , avec un point sur Pistorius. Et quid du plaisir et de la douleur dans le sport? Est-il un jeu et comment tenter une causalité du sport? On souffle, on se concentre et on apprend plein de choses ! Invitée à cette émission, Isabelle Queval, philosophe, maître de conférences à l’université Paris-Descartes et chercheur au Centre de recherche Sens, Éthique, Société.  Auteur de «S’accomplir ou se dépasser, essai sur le sport contemporain» (Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard, 2004), «Le Corps aujourd’hui»(Folio Essais, Gallimard, 2008) et «Le Sport – Petit abécédaire philosophique» (Philosopher, Larousse, 2009).

Elle aborde notamment le thème de l’amélioration, explorant les significations philosophiques et socio-politiques du sport de haut niveau, dans ses aspects rapport à la règle, dépassement de soi, dopage et utilisation artificielle du corps. Elle traite également de l’histoire des pratiques corporelles dans l’éducation.

Le Grand Bain, France Inter par Sonia Devilliers/ Cours Toujours Emission du jeudi 2 août 2012

Qu’est ce qui fait courir les grands coureurs? Comment vivre avec un adepte du running? La solitude parmi la foule, hommage à Haile Gebreselassie et éloge de chaque centimètre qui compte. L’émission brosse divers sujets autour de la course, à une allure de lièvre.

Avec pour invités, Serge Girard qui court plus de 10.000 km par an et a déjà traversé l’Amérique du Nord, l’Australie, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Europe et l’Asie et Marc Desmazières, l’un des meilleurs marathonien français, publicitaire de son état qui signe «Je vous salue Maris», un recueil retraçant le chemin souvent périlleux, d’hommes et de femmes mariés. Un petit livre qui vous donnera peut-être envie de retourner courir !

En aparté dans l’émission, interview et intervention de Christian, le grand patron du site Courir Pieds nus pour en savoir plus sur la pratique de la course sans chaussure ou presque. http://www.courirpiedsnus.com/

Sortir

Pour les français parisiens, Christian le grand patron du Site Courir pieds nus, intervenant dans l’émission précitée, organise tous les mois à Issy-les-Moulineaux en région parisienne, des ateliers d’initiation à la course à pied en minimaliste ou pieds nus. Convivialité et bons tuyaux garantis !